jeudi 8 avril 2021

Un premier compte-rendu pour mon livre!

Bonsoir!

Pas d'article de contenu pour ce soir, mais je souhaitais partager avec vous la première recension de mon livre publié aux Presses de l'Université Laval à l'automne 2020 (voir les informations à ce sujet à droite dans la section "Envie d'en savoir plus?"), ou du moins la première qui m'est parvenue.

Ce compte-rendu est disponible sur La Cliothèque, site internet spécialisé dans la recension d'ouvrages d'histoire et de géographie.

Vous pouvez y accéder en cliquant sur l'image ci-dessous.



Bonne lecture, et à bientôt pour de nouveaux billets historiques!
   Michel Thévenin


Si vous appréciez mes recherches et le contenu de ce blogue, acheter mon premier livre (qui est maintenant disponible en France!) serait une très belle marque d'encouragement (voir à droite, "Envie d'en savoir plus?"). Si vous ne voulez pas vous procurer le livre, mais que vous souhaitez tout de même m'encourager à poursuivre sur cette voie, vous pouvez faire un don via Paypal (voir à droite l'onglet "Soutenir un jeune historien"). Vous pouvez également partager cet article (ou tout autre de ce blogue), vous abonner au blogue ou à la page Facebook qui y est liée. Toutes ces options sont autant de petits gestes qui me montrent que mes recherches et le partage de celles-ci auprès d'un public large et varié sont appréciés, et qui m'encouragent à poursuivre dans l'étude d'aspects souvent méconnus de l'histoire militaire du 18e siècle.

mardi 6 avril 2021

Les morts de la guerre de Sept Ans à l'Hôpital-général de Québec

Bonsoir!

À la mi-août 2014, j'ai quitté ma ville d'origine, Lyon, pour venir poursuivre au Québec mes études supérieures en Histoire. En arrivant dans la ville de Québec, j'ai entamé mon acclimatation à ma nouvelle ville par une découverte de l'environnement rapproché de mon logement, qui se trouvait alors dans le quartier Saint-Sauveur. En flânant sur Internet à la recherche de lieux d'intérêts dans le quartier, quelle ne fut pas ma surprise de découvrir qu'à moins de dix minutes à pied de chez moi se trouvait la tombe du marquis de Montcalm, le commandant des troupes de terre françaises au Canada pendant la guerre de Sept Ans! Ma présence au Québec étant motivée par l'étude de ce conflit, je ne pouvais qu'avoir hâte de découvrir cet endroit!

Toutefois, en allant visiter le cimetière de l'Hôpital-Général de Québec, qui abrite la tombe de Montcalm, j'ai été particulièrement ému en découvrant qu'il renferme également le Mémorial de la guerre de Sept Ans. Ce lieu, unique au monde, contient les dépouilles dans des fosses communes de plus d'un millier de militaires victimes de cette guerre.

Le Mémorial de la guerre de Sept Ans au cimetière de l'Hôpital-Général de Québec
Photo: Michel Thévenin, août 2014


Le Mémorial de la guerre de Sept Ans a été inauguré le 11 octobre 2001, lors d'une cérémonie officielle au cours de laquelle les restes du marquis de Montcalm, alors conservés dans la chapelle des Ursulines de Québec, ont été transférés dans un mausolée construit à cet effet dans le cimetière de l'Hôpital-Général (je vous joins ici un lien de la Commission franco-québécoise sur les lieux de mémoire communs au sujet de cette cérémonie).


Quelques mois plus tôt, en avril 2001, l'instigateur du projet, Jean-Yves Bronze, publiait aux Presses de l'Université Laval un livre mettant en valeur ce lieu exceptionnel par son témoignage unique de la guerre de Sept Ans. C'est ce livre que je souhaite vous présenter ici pour souligner les vingt ans de sa publication (vous pouvez accéder à la page de présentation sur le site des Presses de l'Université Laval en cliquant sur l'image ci-dessous).



Les morts de la guerre de Sept Ans au Cimetière de l'Hôpital-Général de Québec, d'environ 200 pages, est divisé en deux grandes parties. La partie historique est certes assez restreinte (une vingtaine de pages), mais elle est tout de même très intéressante. L'auteur fait en effet un survol de l'histoire de l'Hôpital-Général de sa création en 1692 au début des hostilités menant à la guerre de Sept Ans au milieu des années 1750. Il propose également un bref récapitulatif du déroulement de ce conflit, en replaçant la "guerre de la Conquête", soit la partie nord-américaine de la guerre, dans le cadre plus vaste de la guerre de Sept Ans (je vous invite à lire mon article sur la question des dénominations du conflit). C'est tout de même relativement rare de voir une telle démarche dans les ouvrages publiés au Québec avant la fin des années 2000, puisque c'est justement le cycle de commémorations du 250e anniversaire de la guerre de Sept Ans, entre 2009 et 2013, qui a mis en lumière le besoin de sortir des visions trop localisées de ce conflit qui jusque là prévalaient. Jean-Yves Bronze présente également la transformation de la mission de l'Hôpital-Général, utilisé par la force des choses comme hôpital militaire entre 1755 et 1760.

Le gros de l'ouvrage, et son but premier, est un répertoire biographique des militaires enterrés pendant la guerre de Sept Ans au sein du cimetière de l'hôpital. Plus exactement, il s'agit des notices biographiques des militaires enregistrés par les Augustines entre le 23 juin 1755 et le 8 septembre 1760, ce qui représente plus d'un millier d'individus français, canadiens ou britanniques. On peut regretter l'absence d'Autochtones (à l'exception de deux à la page 112), qui ont eux aussi participé activement au conflit et aux batailles et sièges de Québec de 1759 et 1760, mais à ma connaissance, aucun registre les concernant et permettant de les identifier individuellement n'a hélas été constitué par les religieuses.

On trouve donc sur une petite centaine de pages des notices biographiques assez courtes sur des soldats des régiments des troupes de Terre, des compagnies détachées de la Marine, mais aussi sur des marins ayant servi à bord des vaisseaux français à Québec ainsi que sur des miliciens canadiens, ou encore sur quelques prisonniers de guerre britanniques décédés à Québec. Les informations sont parfois lacunaires (se limitant pour certaines notes au nom et à la date de décès de l'individu), mais sont le reflet des sources très étendues mobilisées par l'auteur il y a vingt ans. Ce livre peut être utilisé de manière complémentaire avec des outils plus récents comme la base de données des soldats et sous-officiers des troupes de la Marine au Canada, créée par l'historien Rénald Lessard et hébergée sur le site de la Société de généalogie de Québec (voir ici). 

Les informations concernant les soldats des troupes de Terre sont généralement plus fournies, les sources administratives des régiments étant plus nombreuses, mais là aussi, il ne s'agit que des individus décédés à l'Hôpital-Général de Québec et enterrés dans son cimetière. Il faut alors pour aller plus loin se tourner vers le colossal ouvrage issu du Projet Montcalm, mobilisant entre 2006 et 2009 une équipe impressionnante de chercheurs français et canadiens. L'ouvrage Combattre pour la France en Amérique réunit ainsi les notices biographiques de plus de 7500 soldats et officiers des troupes de Terre ayant servi en Nouvelle-France pendant la guerre de Sept Ans.

Enfin, l'auteur a intégré à son ouvrage une section particulière (pages 113-119) consacrée aux chevaliers de Saint-Louis, le cimetière de l'Hôpital-Général abritant la plus grande concentration au monde de dépouilles de membres de ce prestigieux ordre militaire créé par Louis XIV pour récompenser les services militaires de sa noblesse.

Jean-Yves Bronze a garni son livre d'une riche iconographie reprenant les dessins d'artistes reconnus dans le domaine de la représentation de militaires du 18e siècle comme Francis Back, Gerry Embleton, Eugène Lelièpvre ou encore Michel Pétard.

En somme, c'est un joli petit livre bien loin d'être dépassé malgré vingt années de recherches et un très fort renouveau historiographique concernant l'étude de la guerre de Sept Ans. Les morts de la guerre de Sept Ans à l'Hôpital-Général de Québec reste un outil précieux pour évoquer les conséquences humaines de ce conflit mondial.


À bientôt pour de nouveaux billets historiques!

Michel Thévenin


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lundi 29 mars 2021

Le climat canadien vu par l'ingénieur François de Caire

Bonsoir!

Je partage avec vous ce soir une petite curiosité que m'a envoyée mon codirecteur de recherche Jean-François Gauvin il y a quelques temps, à savoir la référence d'une réflexion émise par l'un des ingénieurs militaires en poste en Nouvelle-France pendant la guerre de Sept Ans, François de Caire, au sujet du climat canadien.

Il a partagé ses commentaires sur cette question auprès de l'abbé Nollet, illustre savant français du 18e siècle, et la lettre qu'il lui a envoyée à ce sujet en 1765 a été lue lors d'une séance de l'Académie Royale des Sciences en 1773, excusez du peu!

Le lien ne paraît pas évident entre les occupations premières d'un ingénieur militaire et des réflexions météorologiques, j'en conviens. Toutefois, de nombreux ingénieurs militaires français de la seconde moitié du 18e siècle ont développé un intérêt plus ou moins prononcé pour diverses disciplines scientifiques, aidés en cela par la rigueur et l'excellence des savoirs scientifiques qui leur sont inculqués à l'École Royale du Génie de Mézières (voir ici mon article d'introduction sur ce sujet).

La réflexion de François de Caire sur le climat canadien est disponible dans un recueil de textes scientifiques présentés à l'Académie des Sciences, publié en 1776 par cette institution. Vous pouvez accéder au texte (aux pages 541 à 552) en cliquant sur l'image ci-dessous.



Dans sa lettre adressée à l'abbé Nollet en 1765, de Caire revient sur les principales théories tentant d'expliquer les causes du froid en Nouvelle-France, avant de proposer sa propre hypothèse. Il ne retient que les récits de deux voyageurs parmi les nombreuses relations de voyages dans la colonie nord-américaine: "Avant de vous donner mes conjectures, Monsieur, sur la cause d'un phénomène aussi singulier, je crois devoir auparavant examiner celles des Pères Bressany & de Charlevoix, comme étant les deux seuls Voyageurs qui en aient parlé avec des connoissances, & que je montre en quoi il me paroît qu'ils se sont trompés" (page 542).

Le premier est Francesco Giuseppe Bressiani, jésuite italien missionnaire en Nouvelle-France dans les années 1640, qui publie en 1653 une relation de son voyage au Canada. Le second est Pierre-François-Xavier de Charlevoix, jésuite français lui aussi en mission en Nouvelle-France dans la première moitié du 18e siècle. Il publie en 1744 une Histoire et description générale de la Nouvelle-France, avec le Journal historique d'un voyage fait par ordre du roi dans l'Amérique Septentrionnale. Cet ouvrage sera lu quelques années plus tard par plusieurs officiers amenés à servir en Nouvelle-France pendant la guerre de Sept Ans, comme le marquis de Montcalm lors de sa traversée de l'Atlantique au printemps 1756. 

Je ne vais pas détailler ici l'argumentaire complet mis en place par de Caire, je vous laisse le plaisir et la curiosité de lire la dizaine de pages de sa lettre à l'abbé Nollet. Toutefois, pour résumer brièvement son propos, l'ingénieur présente diverses théories avancées par les deux jésuites sur les causes du froid au Canada, comme les fortes précipitations de neige, une surélévation des terres dont serait témoin l'abondance des hautes chutes d'eau dans les rivières canadiennes, ou encore la présence de la chaîne de montagnes des Appalaches au sud de Québec. Après avoir réfuté ces différentes hypothèses, de Caire présente finalement la sienne: la cause principale (voire unique) du froid en Nouvelle-France serait les vents venant du nord-ouest, depuis l'est de la Russie et qui, aucunement déviés par une vaste étendue d'eau ou par des montagnes, amèneraient à Québec des courants froids.

Il ne m'appartient pas de juger de la justesse des arguments avancés par l'ingénieur (tant pour réfuter les hypothèses de ses prédécesseurs que pour étayer la sienne), n'ayant pas des connaissances suffisantes en météorologie. Il ressort tout de même de sa lettre à l'abbé Nollet une conception différente de la question, profondément ancrée dans son temps et traduisant son éducation scientifique. Il reconnaît certes la bonne volonté des deux jésuites et la pertinence de leurs questionnements en leurs temps, mais il leur reproche toutefois une trop grande confiance accordée aux témoignages de colons au détriment d'une démarche basée sur des données mesurables et vérifiables, notamment lorsque Charlevoix affirme que le défrichage progressif des terres a "adouci" le climat dans la vallée laurentienne:

"L'autorité dont s'appuie le Père de Charlevoix, c'est l'assurance que lui en ont donné les habitans. Eh! comment peuvent-ils en juger? quel est leur terme de comparaison dans un pays où il s'en faut bien qu'il y ait eu une suite d'observations? Cependant ceci ne peut se transmettre que par des observations, comme tout phénomène qui a des degrés d'augmentations & de diminutions; & ce n'est pas sur le dire d'un vieillard qu'on peut sur de pareils objets établir un fait" (page 549).


Voilà qui clôt donc cet article pour aujourd'hui. Curieux personnage que ce François de Caire, jeune ingénieur militaire arrivé au Canada en 1759 à 27 ans et qui, en à peine un an et demi de présence dans une colonie en guerre, participe pleinement à la campagne de Québec de 1759 (voir mon article sur le sujet ici), notamment en qualité d'aide-de-camp du marquis de Montcalm, blesse en duel l'ingénieur canadien Michel Chartier de Lotbinière (voir ici), se marie avec une Canadienne (Marie-Élisabeth Lebé, qui l'accompagne en France à la capitulation de la colonie), et qui au travers de tout ça trouve le temps de réfléchir au climat canadien au point d'être lu à l'Académie des Sciences!

À bientôt pour de nouveaux billets historiques!
Michel Thévenin

Source: Extrait d'une lettre écrite à M. l'Abbé Nollet, le 20 juillet 1765, par M. de Caire, Chevalier de l'Ordre de Saint-Louis, & Capitaine au Corps du Génie, sur la cause du Froid en Canada, dans Mémoires de mathématique et de Physique, présentés à l'Académie Royale des Sciences, par divers Savans, & lû dans ses Assemblées, Année 1773, À Paris, de l'Imprimerie Royale, 1776 (pages 541-552).

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vendredi 26 février 2021

Compte-rendu de livre: Montcalm, général américain

Bonjour!

Les responsables de la revue Recherches sociographiques, revue du Département des sciences sociales de l'Université Laval, m'avaient approché à la fin de l'année 2019 pour faire une recension dans leur revue du livre Montcalm, général américain, publié à l'automne 2018 par Dave Noël aux Éditions Boréal. Cet ouvrage permet d'interroger à nouveau la bataille des plaines d'Abraham du 13 septembre 1759 et le comportement du marquis de Montcalm, commandant les forces françaises, en replaçant les actions de celui-ci dans sa conception "européenne" de la conduite de la guerre, héritée de son apprentissage de la guerre en Europe. Le livre permet ainsi d'établir de nouveaux liens entre le déroulement de la guerre de Sept Ans en Amérique du Nord et le bagage européen des officiers de l'armée française, thématique qui me parle beaucoup puisqu'elle est au cœur de mes recherches sur la guerre de siège et les ingénieurs militaires.

La pandémie ayant longtemps retardé la sortie du numéro en question de la revue, je suis ravi de vous annoncer aujourd'hui que mon compte-rendu de l'ouvrage de Dave Noël est maintenant disponible en ligne sur la plateforme Érudit.

Comme c'était le cas pour mon compte-rendu du Journal du siège de Québec pour le Bulletin d'histoire politique (voir ici), je ne peux pour des raisons légales de droits d'auteur retranscrire ici le texte intégral de ma recension ici. Je vous invite toutefois à aller consulter celle-ci sur Érudit en cliquant sur l'image de couverture du livre ci-dessous.



L'accès n'y est cependant hélas pas gratuit. Plusieurs options s'offrent toutefois à vous pour consulter le texte de mon compte-rendu, telles que mentionnées sur la plateforme Érudit:


À défaut, le numéro de la revue Recherches sociographiques dans lequel se trouve mon compte-rendu sera disponible gratuitement en ligne dans un an.


À bientôt pour de nouveaux billets historiques!
Michel Thévenin

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lundi 22 février 2021

Voyage au Canada fait depuis l'an 1751 à 1761 par J.C.B

Bonjour!

Je vous propose aujourd'hui mon compte-rendu d'un livre tout récemment publié par les Éditions du Septentrion:  Voyage au Canada dans le nord de l'Amérique septentrionale fait depuis l'an 1751 à 1761 par J.C.B. L'imposture, écrit par Pierre Berthiaume, professeur émérite de littérature à l'Université d'Ottawa.



L'ambition nullement cachée de l'auteur est d'offrir une réévaluation de cette source historique afin d'inciter les historiens à la prudence dans leur utilisation de ce texte. C'est assez "insultant" envers les historiens habitués à manier ce type de sources, non seulement car la base même du métier d'historien est d'avoir du recul sur les sources étudiées, mais aussi car les lacunes du Voyage au Canada de JCB sont déjà largement connues et prises en compte par les historiens...

Pour une rapide contextualisation, le Voyage au Canada est un récit du séjour d'un soldat en Nouvelle-France au milieu du 18e siècle. Plusieurs historiens reconnus comme René Chartrand et Rénald Lessard, tous deux très familiers avec les sources militaires françaises du 18e siècle, ont identifié ce "JCB" comme étant Joseph-Charles Bonin, artilleur membre d'une compagnie de canonniers-bombardiers de la colonie. L'un des grands intérêts de ce récit, outre le fait qu'il apporte un témoignage supplémentaire de la guerre de Sept Ans, est qu'il s'agit du seul laissé par un simple soldat de l'armée française, tous les autres journaux de campagne et mémoires émanant d'officiers. 


Une première remarque s'impose sur le livre de Berthiaume: l'appareil critique est très fourni. Le problème est justement qu'il est "trop" fourni, car plus étayé ou presque que le propos du texte en lui-même... J'ai honnêtement eu bien du mal à cerner le but de ce court livre (95 pages de texte). Chaque idée soulevée, chaque hypothèse est à peine développée, et l'auteur semble un peu tourner en rond, avant de concéder qu'il n'a pas réussi à démontrer fermement ses affirmations initiales...

Berthiaume cherchait en effet à exposer les "problèmes" liés à l'authenticité du récit ou à l'identité même de JCB, puis à mettre en lumière les "plagiats" que l'on retrouve dans le texte en montrant les emprunts à d'autres récits de voyage. Je vais donc articuler mon compte-rendu sur ces trois axes principaux.


Une dizaine de pages est consacrée "à la recherche de l'identité de JCB", retraçant les différentes tentatives des historiens depuis un siècle pour mettre un nom sur ces initiales. Après avoir concédé l'intérêt de l'hypothèse de René Chartrand et Rénald Lessard sur l'identification de ce JCB comme étant le canonnier Joseph-Charles Bonin, Berthiaume se lance dans une remise en cause assez hasardeuse de la présence du prénom "Joseph" dans celui de notre soldat (pages 18-19). L'auteur avance en effet que dans la France du 18e siècle, "le nom "Joseph" n'est pas attribué systématiquement aux garçons, qu'il est même rare et qu'il est presque inexistant dans les prénoms composés". Or, trois militaires français de la guerre de Sept Ans en Amérique ayant un prénom comprenant Joseph me viennent spontanément à l'esprit. Le plus célèbre n'est nul autre que Louis-Joseph, marquis de Montcalm, commandant des troupes de terre françaises en Nouvelle-France entre 1756 et 1759. Deux des ingénieurs militaires envoyés en Amérique pendant le conflit portent également le même prénom Louis-Joseph, à savoir Franquet et des Robert. Les trois individus sont nés respectivement en 1697 (Franquet), 1721 (Montcalm) et 1735 (des Robert). "JCB" prétendant avoir 18 ans au début de son aventure canadienne en 1751, il serait né en 1733, et il ne me semble donc pas "improbable" qu'il puisse avoir Joseph dans son prénom.

Surtout, une rapide recherche dans la base de données de la Commission des champs de bataille nationaux, présentant des notices biographiques de l'ensemble des militaires français et britanniques présents aux batailles de Québec de 1759-1760 (voir ici) montre que pas moins de 227 militaires français ont Joseph comme prénom ou partie d'un prénom composé. 227 militaires sur les quelques 7 à 8 000 envoyés par la France au Canada et à Louisbourg pendant la guerre de Sept Ans, cela me semble quelque peu délicat d'affirmer que le prénom "Joseph" était rare dans la France du 18e siècle...

Ce "chapitre" consacré à l'identité de JCB me semble donc assez peu pertinent dans l'ensemble. Non seulement l'évocation des différentes tentatives d'identification par les historiens aurait pu être rapidement intégrée en introduction, mais en plus, l'essai de Berthiaume d'invalider partiellement l'identité de JCB est à mon sens un échec complet.


Le cœur de l'ouvrage concerne la "réévaluation" par l'auteur de l'authenticité du récit de JCB. Berthiaume consacre ainsi une trentaine de pages de son livre (soit tout de même un tiers) aux "singulières erreurs" qu'on retrouve dans le récit de JCB, qu'elles soient d'ordre chronologique, géographique ou historique. L'auteur se lance alors dans une sorte de catalogue des erreurs qu'on retrouve dans le récit, en apportant quelques corrections appuyées sur des sources variées et nombreuses (le gros point fort de son livre à mon avis est la foule de sources et références utiles pour diverses questions). Il serait inutile de se pencher sur chacune de ces erreurs et corrections, je vais donc me limiter à deux exemples qui selon moi démontrent une connaissance très lacunaire de la part de l'auteur du monde militaire du 18e siècle.

À la page 78, Berthiaume relève une erreur faite par JCB quant aux effectifs du détachement dont il fait partie au début de l'année 1753. JCB est un simple soldat qui, même s'il est suffisamment instruit pour pouvoir écrire au moins des notes qui pourront servir à un récit ultérieur, n'est certainement pas le mieux placé pour connaître dans les détails les effectifs des différents détachements, même de celui où il sert. Le voir faire une telle erreur n'a donc à mon sens rien d'impardonnable, d'autant plus que plusieurs cas montrent des officiers membres de l'administration militaire et donc plus au fait des questions d'effectifs présenter des chiffres différents.

De même, à la page 88, l'auteur relève l'erreur de JCB dans les chiffres qu'il avance concernant la bataille de la Monongahela du 9 juillet 1755, à laquelle il a participé, chiffres que Berthiaume s'empresse de corriger.  Là encore, JCB étant un simple soldat, il n'est clairement pas le plus à même de nous renseigner avec précision sur les chiffres des forces en présence ou des pertes infligées à l'ennemi. Surtout, Berthiaume montre son manque de connaissance du monde militaire du 18e siècle en ne prenant pas en compte un facteur pouvant expliquer les erreurs de JCB, celui des racontars circulant dans les camps militaires contribuant à un grossissement ou à une diminution des chiffres. Il est très fréquent, pour ne pas dire systématique, de voir dans les relations des combats écrites par les différents officiers des chiffres très amplifiés, tant pour la taille de l'armée ennemie que pour les pertes qui lui ont été infligées. Par exemple, les relations de la bataille de Carillon du 8 juillet 1758 présentent pour certaines l'armée britannique forte de 25 000 hommes (quand elle en avait entre 15 et 16 000), laquelle aurait essuyé des pertes de 5 à 6 000 hommes (alors que les Britanniques ont perdu à peu près 2 000 tués et blessés). En plus des questions de propagande (les relations écrites envoyées aux autorités françaises peuvent être publiées et diffusées dans le royaume), ce grossissement des chiffres peut également s'expliquer par une volonté de maintenir le moral d'une armée victorieuse, en amplifiant la portée de la victoire.


Il est assez amusant de voir l'auteur "traquer" les différentes erreurs de JCB quand lui-même laisse passer plusieurs erreurs ou coquilles. Par exemple, à la page 36, il évoque la déclaration de guerre officielle de la guerre de Sept Ans à la date du 29 août 1756. Or, la date du 29 août correspond à l'invasion de la Saxe par la Prusse, qui jette dans le conflit plusieurs puissances européennes, mais la France et la Grande-Bretagne étaient déjà officiellement en guerre depuis quelques semaines (George II de Grande-Bretagne déclare la guerre à Louis XV de France le 17 mai 1756, lequel lui répond pareillement le 9 juin suivant).

À la page 54, en évoquant le fort Duquesne (actuelle ville de Pittsburgh, Pennsylvanie) et le plan qu'en a dressé Gaspard-Joseph Chaussegros de Léry en 1755, l'auteur qualifie ce dernier d'ingénieur. Chaussegros de Léry était certes le fils d'un ingénieur militaire du même nom, ingénieur en chef de la Nouvelle-France, mais il n'a lui-même jamais été ingénieur (il a été sous-ingénieur sous les ordres de son père, mais a démissionné de cette fonction en 1749, même s'il a par après continué à faire à l'occasion les fonctions d'ingénieur par manque de personnel). L'erreur est toutefois très pardonnable, car elle est reprise par plusieurs historiens. Il faut bien un chercheur traitant directement de ces questions pour la relever...

De même, à la page 103, l'auteur mentionne une lettre de l'ingénieur Desandrouins "au maréchal de Lévis". Le problème est que Lévis n'a été fait maréchal qu'en 1783. À la date mentionnée (30 octobre 1759), Lévis n'est "que" maréchal-de-camp, grade d'officier général bien différent de la fonction honorifique de maréchal de France. Toutefois, là aussi, l'erreur est facilement explicable, puisque Berthiaume s'est appuyé sur les documents compris dans la Collection des manuscrits du maréchal de Lévis, éditée par Henri-Raymond Casgrain à la fin du 19e siècle et dont le titre peut induire en erreur des utilisateurs non avertis.


Berthiaume questionne également l'authenticité du récit de JCB par la présence de ce qu'il qualifie "d'épisodes romanesques" (pages 93-100). Là encore, l'auteur ignore le fait que la présence d'exagérations et de passages romancés se retrouve dans la grande majorité des écrits personnels de militaires au 18e siècle. Même dans les écrits plus "formels" destinés aux autorités ministérielles de Versailles, rares sont les officiers qui n'usent pas d'exagérations dans leurs récits, qui sont autant de possibilités de vanter leurs propres mérites aux ministres et donc de quémander de l'avancement. Les écrits "personnels" (journaux et mémoires, correspondances privées) en offrent des exemples plus flagrants encore. Un Bougainville en est un exemple célèbre, même s'il écrivait en partie pour être lu dans les salons parisiens, et "forçait" donc le trait. Joseph Gagné en montre un autre exemple dans son livre Inconquis (pages 55-56) en citant une lettre de 1747 de Louis Liénard de Beaujeu à son père, dans laquelle l'officier conte ses exploits lors d'un combat en Acadie, et dont le contenu ferait pâlir Rambo...



Enfin, un autre pilier de "l'imposture" de JCB selon Berthiaume est la récurrence des emprunts à d'autres récits de voyages en Amérique publiés au 18e siècle. Toutefois, au-delà de cette affirmation, le propos est très peu étayé. J'ai eu du mal à saisir la démarche de l'auteur, le but de son propos. Il semble surtout ignorer dans son accusation que l'emprunt à d'autres textes est chose extrêmement courante au 18e siècle, tant dans les récits de voyage (ce qu'il reconnaît timidement à la page 62) que dans bien d'autres domaines. Pour en revenir à mon domaine de spécialité, à savoir le monde militaire du 18e siècle, on retrouve des passages intégralement copiés d'autres livres dans certains traités théoriques de la littérature normative militaire, notamment ceux concernant la guerre de siège. À ma connaissance, les questions de droit d'auteur sont apparues en France dans les décennies 1770-1780, sous l'impulsion entre autres d'un Beaumarchais...

De même, à la page 38, Berthiaume mentionne le lien entre le récit que fait JCB de la défaite britannique devant le fort Duquesne en septembre 1758 et celui de Jean-Bernard Bossu sur le même événement. Justement, le littéraire fait une nouvelle fois preuve de son ignorance du domaine militaire, car les écrits relatant un combat circulaient parmi les officiers, qui copiaient et recopiaient le texte en apportant quelques précisions et détails personnels. Ces "emprunts" sont même parfois bien plus étendus que dans le cadre du récit d'un événement en particulier. Un exemple nous en est donné avec le journal de campagne du marquis de Montcalm, relatant les campagnes nord-américaines de la guerre de Sept Ans entre 1756 et 1759, et dont d'importantes portions sont en fait tirées du journal de Louis-Antoine de Bougainville, qui a servi d'aide-de-camp à Montcalm.

La question des "emprunts" qu'on retrouve chez JCB est tout de même intéressante, et le chapitre qui y est consacré (pages 53-62) se révèle utile pour identifier avec précision les passages tirés d'autres récits de voyage du genre.

Il aurait toutefois été sans doute plus utile d'inclure ce relevé précis des emprunts dans une analyse plus large, et un article dans une revue scientifique aurait certainement amplement suffi. De même, le catalogue des erreurs factuelles du récit de JCB aurait sans doute été plus pertinent dans le cadre d'une réédition critique du texte du Voyage au Canada, et non dans une tentative très (trop) courte d'essai qui s'avère être un échec.

Berthiaume lui-même avoue à demi-mots dans sa conclusion cet échec (page 105): 
"Au cours de notre étude, nous avons relevé nombre de faits qui mettent en jeu l’authenticité de "Voyage au Canada", sans pour autant parvenir à démontrer hors de tout doute qu’il s’agit d’un faux. Peut-être la découverte du manuscrit que possédait le marquis de Bassano ou celle des documents du libraire Adolphe Labitte pourraient-elles résoudre la question. En attendant, historiens et critiques devraient se méfier d’un récit qui demeure suspect, pour ne pas dire douteux."

Au-delà du nouvel avertissement assez inutile quant aux pièges du texte de JCB (je le répète, les historiens sont habitués à prendre du recul sur les sources, et le récit de JCB est déjà connu pour ses lacunes), on peut se questionner à travers ce constat final sur la pertinence même de l'essai de Berthiaume. Pourquoi avoir choisi un titre si ronflant ("L'imposture")? Pourquoi prétendre hautement apporter aux historiens une "réévaluation" salutaire? En fait d'une "réévaluation" du texte de JCB, Berthiaume nous propose ici une analyse très "littérale" du texte, sans essayer de réellement mettre celui-ci en lien avec son contexte historique (et notamment le contexte de l'armée française et de l'écriture militaire au 18e siècle), d'où de trop nombreux jugements hâtifs et d'approximations. 

Les quelques hypothèses soulevées (date de rédaction du récit, possible paternité d'un rédacteur autre que JCB) sont trop peu argumentées, rendant l'ensemble très peu convaincant. Les apports positifs du livre (le catalogue des erreurs du récit de JCB et le relevé des emprunts à d'autres ouvrages) perdent donc de leur intérêt, du moins dans le présent format du livre.


Quelques réflexions supplémentaires sur ce livre ont été formulées par mon grand ami Joseph Gagné sur son blogue Curieuse Nouvelle-France (voir ici).


À bientôt pour de nouveaux billets historiques!
Michel Thévenin

Si vous appréciez mes recherches et le contenu de ce blogue, acheter mon premier livre (qui est maintenant disponible en France!) serait une très belle marque d'encouragement (voir à droite, "Envie d'en savoir plus?"). Si vous ne voulez pas vous procurer le livre, mais que vous souhaitez tout de même m'encourager à poursuivre sur cette voie, vous pouvez faire un don via Paypal (voir à droite l'onglet "Soutenir un jeune historien"). Vous pouvez également partager cet article (ou tout autre de ce blogue), vous abonner au blogue ou à la page Facebook qui y est liée. Toutes ces options sont autant de petits gestes qui me montrent que mes recherches et le partage de celles-ci auprès d'un public large et varié sont appréciés, et qui m'encouragent à poursuivre dans l'étude d'aspects souvent méconnus de l'histoire militaire du 18e siècle.


mercredi 3 février 2021

Compte-rendu de livre: "Journal du siège de Québec du 10 mai au 18 septembre 1759"

Bonsoir!

J'avais été approché il y a quelques mois par les responsables du Bulletin d'histoire politique pour faire la recension d'un ouvrage paru en 2018 aux Presses de l'Université Laval, le Journal du siège de Québec du du 10 mai au 18 septembre 1759, attribué à François-Joseph de Vienne. Ce journal avait été édité pour la première fois au début des années 1920 par l'historien et archiviste québécois Aegidius Fauteux. Bernard Andrès et Patricia Willemin-Andrès (respectivement historien de la littérature et docteure en sémiotique littéraire) en ont proposé une réédition critique aux Presses de l'Université Laval, à l'occasion du 250e anniversaire de la campagne de Québec (voir ici mon article au sujet de cette dernière) en 2009. La réédition en format de poche de 2018 est une version augmentée (mais hélas trop peu corrigée) de celle de 2009, qui offre notamment une identification claire et convaincante de l'auteur de ce Journal, jusque-là anonyme.


J'ai donc livré pour le Bulletin d'histoire politique mon opinion comme historien de la guerre de Sept Ans sur la présentation de cette source par les deux auteurs dans cette réédition de 2018. Pour des raisons légales de droits d'auteur liés à la revue, je ne peux partager ici le texte intégral de mon compte-rendu. Celui-ci est toutefois disponible en ligne, sur la plateforme ici sur la plateforme Érudit

L'accès n'y est cependant hélas pas gratuit. Plusieurs options s'offrent toutefois à vous pour consulter le texte de mon compte-rendu, telles que mentionnées sur la plateforme Érudit:


À défaut, le numéro du Bulletin d'histoire politique dans lequel a été publié mon compte-rendu sera accessible librement dans un an.

Petite mise à jour: le texte intégral de mon compte-rendu est disponible sur la page de présentation du livre sur le site des Presses de l'Université Laval (vous pouvez y accéder en cliquant sur le titre du livre au début de cet article).


À bientôt pour de nouveaux billets historiques!
Michel Thévenin

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lundi 11 janvier 2021

L'éphémère école de mathématiques de Louisbourg au début des années 1750

Bonsoir!

Tout d'abord, je vous souhaite une bonne année 2021, j'espère qu'elle sera pour chacune et chacun d'entre vous moins difficile que ne l'a été 2020.


Je souhaite aujourd'hui évoquer, dans la continuité de mon dernier article (voir ici), une aire géographique que j'ai de manière générale moins traitée sur mon blogue, mais tout aussi importante pour ma recherche sur la guerre de Sept Ans, à savoir Louisbourg, la puissante place-forte de l'Île Royale (actuelle Île du Cap-Breton, à l'est de la Nouvelle-Écosse).

Louisbourg était tombée aux mains des Britanniques en 1745, lors de la guerre de Succession d'Autriche. Les négociations menant à la paix d'Aix-la-Chapelle de 1748 avaient prévu un échange entre Louisbourg et Madras, comptoir britannique situé sur la côte orientale de l'Inde conquis par les Français, échange effectif à partir de 1749.

La période séparant la paix de 1748 et la guerre de Sept Ans, officiellement déclarée en 1756, en est une de "paix armée", et malgré les désirs de Louis XV de conserver la paix en Europe, le roi de France et ses ministres, réalistes quant à la probabilité d'une guerre prochaine, intensifient la présence militaire française dans les milieux coloniaux au cours de ces quelques années de paix. Plusieurs ingénieurs militaires sont ainsi envoyés dans les différentes colonies pour en redresser les défenses affectées par la précédente guerre et les préparer à la suivante.

C'est dans ce contexte qu'arrive à l'automne 1752 à Louisbourg un ingénieur, le sieur Breçon (parfois orthographié Brécon), accompagné de deux de ses fils en qualité de sous-ingénieurs. Je n'ai hélas que peu d'informations sur cet individu, sur sa formation ou sa carrière passée. Je sais toutefois que son séjour à Louisbourg est assez bref, puisqu'il retourne en France en décembre 1754. Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il n'a pas laissé une bonne impression au sein de la colonie.

Il s'était pourtant distingué par un projet pour le moins original, celui de diriger une école scientifique, ou à tout le moins mathématique, destinée aux officiers de la garnison de Louisbourg. Ce n'est pas étonnant au vu de l'importance des sciences, et particulièrement des mathématiques, dans l'application militaire du savoir-faire des ingénieurs. Toutefois, il semble que son projet se soit rapidement révélé être un échec, si l'on en croit une lettre rédigée le 19 mai 1753 (soit quelques mois seulement après l'arrivée de Breçon) par Prévost, le commissaire ordonnateur de Louisbourg:

Lettre de Monsieur Prévost au Ministre, au sujet du sieur Brécon, ingénieur,
19 mai 1753, FR ANOM COL C11B 33 folio 173v,
disponible sur Archives de la Nouvelle-France


"Rien de plus faux, Monseigneur, que ce qu'il marque des progrès qui se font dans sa prétendue école de mathématiques; il l'est encore plus que je me sois jamais expliqué, comme il le dit, avec aucun officier. Si ces Messieurs ont cessés de se rendre à ses leçons, ils ont dis hautement qu'ils en etoient degoutés, par son peu de complaisance a suivre chacun d'eux dans cette etude, par des airs de hauteurs et de superiorité de sa part, et aussi ennuyés d'entendre des sottises et des mauvais discours"

Cette lettre de Prévost, assez longue, se veut avant tout une défense auprès du ministre de la Marine, en réponse à une lettre incendiaire que Breçon a écrite plus tôt dans le même mois, adressée tant au ministre qu'au prince de Soubise, dont il est visiblement le protégé. Dans cette lettre, dont Prévost a acquis une copie et en a joint des extraits dans sa lettre de défense, l'ingénieur se vante au contraire du succès de son école de mathématique, s'estimant même victime de Prévost, qui chercherait à nuire à son oeuvre:

Extrait de la lettre de Breçon au Ministre et au prince de Soubise, mai 1753,
inclus à la lettre de Prévost (FR ANOM COL C11B 33 folio 176)

"J'espère que votre Grandeur, ayant toujours eû à coeur le bien du service, sera satisfaite d'apprendre les prodiges qui se font journellement par les officiers et cadets de cette garnison dans cet Etablissement pour les mathematiques. Le nombre en commençant etoit de 20 officiers non compris les cadets, mais il a diminué ce qui n'est pas etonnant puisque M. Prévost l'ordonnateur, disait au commencement a tous ceux qui alloient chez luy qu'ils perdoient leur tems dans cette Ecole et que d'ailleurs leur avancement ne dependoit que de l'ancienneté et non de cette science"

De toute évidence, le séjour de Breçon à Louisbourg a dès ses débuts été marqué par une forte inimitié personnelle avec Prévost (ni l'un ni l'autre n'en précisent l'origine). Prévost expose dans sa lettre de défense l'immoralité de Breçon, qui selon lui entretiendrait une relation avec "une fille de mauvaise vie" qui l'aurait accompagné depuis la France, quand l'ingénieur se plaint du fait que Prévost l'aurait privé du bois de chauffage nécessaire à sa salle de classe pendant l'hiver... Il va même jusqu'à écrire que si le gouverneur de Louisbourg, Monsieur de Raymond, son protecteur dans la colonie, venait à retourner en France (comme il en a fait la demande plusieurs fois au cours des mois précédents), il se verrait contraint de demander lui aussi sa retraite...


Au vu de l'évidente partialité des deux protagonistes, il semble à première vue délicat de départager le vrai du faux quant à la compétence de l'ingénieur Breçon et à l'efficacité de son école... Toutefois, il existe heureusement d'autres avis à ce sujet, et notamment celui de Louis-Joseph Franquet, le supérieur direct de Breçon à Louisbourg. Franquet, un ingénieur militaire doté d'une solide expérience de trente années, avait été envoyé en Nouvelle-France en 1750, là aussi dans le contexte d'une nécessaire amélioration des défenses de la colonie. Après divers séjours à Louisbourg et au Canada, suivis d'un rapide retour en France en 1753, il avait été renvoyé à Louisbourg en 1754, avec le titre de Directeur des Fortifications de Nouvelle-France, soit le poste le plus élevé dans la hiérarchie des ingénieurs militaires (voir à ce sujet mon article sur la terminologie des ingénieurs).

À plusieurs reprises, Franquet émet un avis pour le moins négatif sur Breçon. Une première impression peu enthousiaste se révèle dans une lettre du 26 août 1753 dans laquelle Franquet fait part au ministre de son désarroi en apprenant le décès de son adjoint, l'ingénieur Pierre-Jérôme Boucher, qu'il appréciait beaucoup:

"Je doute que l'ingénieur, et les deux sous-ingénieurs qui sont nouvellement icy soient dans le cas de pouvoir le remplacer, d'autant que le premier n'a jamais été chargé d'aucune charge de cette nature, et que les deux autres, ses enfants, ne peuvent être considérés que comme élèves, tant par leur âge que par leur peu de capacité". (FR ANOM COL C11B 33 folio 451v)

Si l'on peut accorder le bénéfice du doute à Breçon dans cette remarque de Franquet, qui regrettait amèrement la mort de Boucher, une autre lettre, datée du 9 décembre 1754, est sans équivoque. Exposant au ministre ses impressions sur les différents ingénieurs sous ses ordres à Louisbourg, Franquet compare les qualités de Breçon à celles de l'ingénieur Michel de Couagne (né à Louisbourg):

Lettre de Louis-Joseph Franquet au Ministre, 9 décembre 1754,
FR ANOM COL C11B 34 folios 229 et 229v,
disponible sur Archives de la Nouvelle-France
 

"Messieurs de Couagne et Breçon y sont en qualité d'ingénieurs [...] Le premier que j'ai connu au Canada et que j'ay employé pendant une partie du temps que j'y ay resté, est intelligent, appliqué, dessine bien et a toute la bonne volonté de s'instruire des parties du métier; l'autre n'en a point la moindre connoissance, je ne sçais même quoyqu'il montrât cy devant les mathematiques a Métz, s'ils les possede bien, et je suis d'avis de croire que l'École qu'il avoit etablit icy, a ce titre sous les auspices de Mr le Comte de Raymond, etoit plus pour donner un réliéf a son peu de talent, que pour former des sujets; d'autant qu'avant d'enseigner autruy il devoit de préference commencer par les deux sous ingénieurs ses enfans, l'un agé de 16 a 17 ans sçait peu de chose, et l'autre de 12 a 14 rien du tout. Cependant le pere se croit méritant et a la faveur de ses hautes protections, il est allé solliciter un meilleur traitement; et si je m'y suis interessé par ma lettre du 9 octobre, çà été plus en vüe de la chereté des vivres, et le soutien de ses enfans, qu'en faveur de son mérite; et j'incline assés que s'il y a lieu de luy accorder, que ce fut pour en joüir en toutes autres colonies que celle-cy".

On voit par la dureté du ton de Franquet qu'au-delà des capacités de Breçon, le Directeur des Fortifications de Nouvelle-France n'est lui non plus que peu impressionné par la tentative de l'ingénieur d'enseigner les mathématiques aux officiers de la colonie... J'ignore si Franquet a eu l'occasion d'exposer son ressenti verbalement à son subordonné, mais toujours est-il que Breçon, selon son dossier personnel conservé aux Archives Nationales d'Outre-Mer, prend sa retraite au cours du mois de décembre 1754, et rentre alors en France en compagnie de ses deux fils, mettant ainsi un terme à cette éphémère expérience d'une école de mathématiques à Louisbourg.


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Michel Thévenin

lundi 30 novembre 2020

De Copenhague à Louisbourg, la "musique de Charles douze"

Bonsoir!

Je souhaite vous partager aujourd'hui une petite drôlerie que j'ai trouvée ces derniers jours. Alors que je fouillais quelques documents à propos du siège de Louisbourg de 1758, par lequel les Britanniques s'emparent de la puissante forteresse de l'Île Royale (actuelle Île du Cap-Breton, Nouvelle-Écosse), j'ai trouvé une lettre anonyme d'un officier français de la garnison vaincue, qui par un ton particulièrement virulent loue le comportement des troupes de Terre lors du siège et critique fortement celui des officiers de la Marine française.


Lettre non signée au Ministre, incriminant les marins et surtout le marquis Desgouttes,
lors du siège de Louisbourg, et faisant au contraire l'éloge des troupes de terre
,
disponible en ligne sur le site Archives de la Nouvelle-France


Une contextualisation s'impose: le siège de Louisbourg, d'une durée de 45 jours (qui fait de lui le plus long des onze sièges menés à l'européenne en Nouvelle-France pendant la guerre de Sept Ans, voir ici mon article à ce sujet), a vu de profondes dissensions au sein de l'état-major de la place. Louisbourg était en effet défendue non seulement par des miliciens, des soldats des Troupes de la Marine et des bataillons des troupes de Terre, mais aussi par une importante escadre de la Marine royale française. Chacune des composantes de cette garnison, commandées indépendamment par divers officiers (néanmoins tous placés sous l'autorité du gouverneur de Louisbourg, le chevalier de Drucour, qui était lui-même un officier de marine), avait des vues différentes sur les opérations de défense de la ville. Par exemple, lorsqu'il est apparu évident que la flotte britannique resserrait l'étau sur le port de Louisbourg, et menaçait donc de bombarder la ville depuis la mer, le marquis Desgouttes, commandant de la flotte française, a souhaité tenter de forcer le passage avec ses vaisseaux, afin de sauver ceux-ci et de les ramener en France. Les officiers de la garnison "terrestre" de Louisbourg ainsi que les ingénieurs se sont vivement opposés à cette proposition, mettant de l'avant le fait que la présence dans le port de Louisbourg de plusieurs vaisseaux français aiderait à tenir les Britanniques à distance, et donc à ralentir le siège. 

Ces rivalités n'opposaient pas uniquement les deux "camps" de la Terre et de la Marine, car au sein même des troupes de Terre existaient des jalousies et inimitiés. Par exemple, Monsieur de Saint-Julhien, lieutenant-colonel d'un des bataillons des troupes de Terre présents à Louisbourg (régiment d'Artois) a après la capitulation de la ville très fortement critiqué les actions de l'ingénieur militaire Louis-Joseph Franquet quant à la défense de la place. Il semble toutefois que ces critiques soient largement motivées par une jalousie personnelle de Saint-Julhien, puisque Franquet, Directeur des Fortifications de Nouvelle-France (et donc le principal ingénieur dans la colonie, voir ici mon article sur la hiérarchie des ingénieurs militaires), était commandant en second de la garnison de Louisbourg et devait donc remplacer le gouverneur en cas d'incapacité de celui-ci. Or, cette place avait été brièvement occupée par nul autre que ... Saint-Julhien, avant que ses relations tendues avec le gouverneur aient poussé le chevalier de Drucour à le remplacer par Franquet.

Ces tensions internes à l'état-major français ressortent pleinement après la reddition de la ville et le retour de la garnison en France, puisque l'importance stratégique (quoique relative) et symbolique de la ville poussa les autorités à vouloir trouver des coupables, d'autant plus que la garnison, malgré une résistance prolongée, ne s'est pas vue accorder les honneurs de la guerre (voir ici mon article à ce sujet), ce qui au sein de l'armée française fut perçu comme un véritable attentat à l'honneur des armes de Louis XV.

C'est donc dans ce contexte qu'un officier hélas anonyme (mais visiblement appartenant aux troupes de Terre) rédige le 19 septembre 1758 sa lettre adressée au Ministre de la Marine. Il critique fortement l'avis émis par les officiers de la Marine lors du conseil de guerre tenu par le chevalier de Drucour au matin du 26 juillet, alors que la situation de la garnison est pour le moins délicate (les fortifications sont entamées par le siège, et les derniers navires français qui protégeaient le port ont été capturés ou brûlés par les Britanniques):

"Le 26 juillet l'ennemy étant encore à 50 toises du chemin couvert il fut tenu un Conseil [...] ou tous décidèrent à l'exception de trois, non de rendre la ville à l'arrivée de l'ennemy, mais de lui envoyer les clefs dès que sa descente seroit faite, ceux-ci deciderent que leur resistance etoit suffisante, qu'une plus longue seroit temeraire et qu'elle pourroit entrainer après elle des malheurs dont ils seroient responsables. Les chefs du Genie et tout les officiers des troupes de Terre protesterent contre une pareille lacheté et assuroient que la ville étoit imprenable par terre, qu'en se déffendant, et en continuant les sorties ils les obligeroient d'en lever le siege, a la verité les Boulets leur manquoient, mais la grande quantité qu'ils en avoient de l'ennemy leur étoit une ressource, outre celle des sorties; que la maladie étoit considerable dans le camp ennemi et que sous peu ils s'en verroient délivré;"


La phrase suivante dans ce réquisitoire contre les officiers de Marine utilise une expression que je trouve amusante, et que je n'avais jusqu'alors jamais croisée:

"Ces raisons quoi que justes et patriotiques ne purent persuader nos timides marins, ennemis de la musique de Charles douze, ce qui forma deux partis, mais la Marine en possession du commandement l'emporta par l'authorité à elle confiée"






Mais qu'est-ce donc que cette "musique de Charles douze"?

La réponse se trouve dans l'Histoire de Charles XII, roi de Suède, texte historique rédigé par Voltaire et publié en 1731. Il s'agit d'une biographie (quoique très hagiographique) du roi de Suède Charles XII, l'un des plus grands stratèges du début du 18e siècle, mort au cours d'un siège contre les Danois en 1718. En 1700, alors que Charles XII, roi depuis trois années, n'est âgé que de 18 ans, une coalition regroupant notamment le Danemark, la Russie et la Pologne-Lituanie déclenche la Grande Guerre du Nord (1700-1721), visant à se partager les possessions suédoises autour de la mer Baltique. À l'été 1700, l'armée suédoise commandée par Charles attaque la capitale danoise, Copenhague. Voltaire rapporte alors à cette occasion une anecdote qui glorifie la légende du jeune monarque suédois, courageux et naturellement porté sur la chose militaire:

"Les bateaux de débarquement n'étaient encore qu'à trois cents pas du rivage. Charles XII, impatient de ne pas aborder assez près ni assez tôt, se jette de sa chaloupe dans la mer, l'épée à la main, ayant de l'eau par delà la ceinture: ses ministres, l'ambassadeur de France, les officiers, les soldats, suivent aussitôt son exemple, et marchent au rivage, malgré une grêle de mousquetades. Le roi, qui n'avait jamais entendu de sa vie de mousqueterie chargée à balle, demanda au major général Stuart, qui se trouva auprès de lui, ce qu'était ce petit sifflement qu'il entendait à ses oreilles. "C'est le bruit que font les balles de fusil qu'on vous tire", lui dit le major. "Bon, dit le roi, ce sera là dorénavant ma musique". "


Je trouve pour ma part assez amusant de voir que l'expression liée à l'anecdote (et par extension à la légende entourant Charles XII, reconnu par ses contemporains comme un grand capitaine) se retrouve au milieu du siècle sous la plume de cet officier, amer de la défaite de Louisbourg, pour désigner le comportement selon lui lâche des officiers de la Marine française...


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Michel Thévenin

Quelques indications bibliographiques à propos du siège de Louisbourg de 1758:

- René Chartrand, Louisbourg 1758, Wolfe's first siege, Osprey, 2000.
- A. J. B. Johnston, 1758. La Finale. Promesses, splendeur et désolation de la dernière décennie de Louisbourg, Québec, Presses de l'Université Laval, 2008 (la version anglophone a été publiée en 2007 par Cape Breton University Press sous le titre Endgame 1758. The Promise, the Glory, and the Despair of Louisbourg's Last Decade).
- Hugh Boscawen, The capture of Louisbourg 1758, University of Oklahoma Press, 2011.

mardi 10 novembre 2020

"Changer le système de la guerre": Le siège en Nouvelle-France, 1755-1760

Bonsoir!

J'ai le grand plaisir de vous annoncer la parution de mon premier livre, intitulé "Changer le système de la guerre": Le siège en Nouvelle-France, 1755-1760, aux Presses de l'Université Laval.

Il s'agit d'une version considérablement remaniée et augmentée du mémoire de maîtrise que j'avais déposé à l'été 2018 à l'Université Laval. Les premières années de mon doctorat m'ont permis de corriger quelques erreurs présentes dans mon mémoire de maîtrise (notamment concernant les ingénieurs militaires), de clarifier certains points et d'en pousser d'autres plus loin. Je remercie les professeurs Michel de Waele (qui a dirigé ma recherche de maîtrise) et Martin Pâquet, tous deux professeurs à l'Université Laval, de m'avoir offert de publier dans la collection qu'ils dirigent aux Presses de l'Université Laval.

Mon livre est disponible, en version papier ou numérique, sur le site des Presses de l'Université Laval. Il est également en vente dans certaines librairies québécoises à partir de ce mercredi 11 novembre (Archambault, Renaud Bray, Pantoute, ainsi que certaines librairies locales). Vous pouvez accéder à la présentation du livre sur le site des Presses de l'Université Laval en cliquant sur l'image ci-dessous:

Pour les personnes vivant en France qui pourraient être intéressées à acquérir ce livre, il est disponible depuis le 1er janvier en France, dans plusieurs enseignes (la Librairie du Québec, Decitre, Gibert Joseph, Furet du Nord) et dans de nombreuses bibliothèques locales (une liste non exhaustive est disponible ici).

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Michel Thévenin

lundi 2 novembre 2020

Des licornes sur les champs de bataille du 18e siècle

Bonsoir!

Je vous rassure tout de suite, ce titre assez étrange ne se veut pas annonceur d'un récit mêlant soldats poudrés et perruqués chevauchant des créatures sorties d'un monde imaginaire pour aller au combat (ça pourrait donner un film "historique" très douteux tout ça)...

Je souhaite plutôt ici vous partager une petite anecdote concernant une arme utilisée au 18e siècle, que j'ai trouvée amusante.

Une petite contextualisation s'impose: le 18e siècle voit l'artillerie acquérir une importance grandissante dans l'art européen de la guerre. Qu'il s'agisse de percer les systèmes de fortifications des places, toujours plus complexe, ou d'une utilisation sur le champ de bataille, l'artillerie connait partout à travers l'Europe une constante effervescence intellectuelle de la part d'officiers et techniciens qui cherchent à en optimiser l'efficacité (à travers notamment les questions du poids et de la mobilité des pièces et de la puissance de feu de celles-ci).

Dans la décennie 1740, c'est la Prusse qui possède l'artillerie la plus "efficace" sur les champs de bataille, combinant à la fois mobilité et puissance de feu. Les Autrichiens en font plusieurs fois l'amère expérience lors de la guerre de Succession d'Autriche (1740-1748), et en tirent des leçons très instructives, qui leur permettent de présenter une décennie plus tard lors de la guerre de Sept Ans (1756-1763) une artillerie renouvelée tout à fait capable de tenir tête à son homologue prussienne. Les Britanniques pour leur part se cantonnent principalement à des innovations et à une maîtrise en ce qui a trait à l'artillerie navale. La France, qui possédait depuis la fin du 17e siècle une des meilleures artilleries d'Europe s'enferme dans une sorte de "conservatisme" en la matière, qui explique les piètres performances de l'artillerie de Louis XV pendant la guerre de Sept Ans face à celle du roi de Prusse, et qui entraînera les profondes et efficaces réformes de Gribeauval dans les décennies 1760 et 1770.

Plusieurs innovations techniques voient le jour au sein des corps d'artilleurs des différentes nations européennes tout au long du siècle, avec plus ou moins de succès...
Les Russes inventent ainsi au début de la guerre de Sept Ans, en 1757, une nouvelle pièce d'artillerie au nom pour le moins original: la licorne. Cette pièce de campagne (donc utilisée préférablement dans le cadre de batailles plutôt que de sièges) fait partie de la famille des obusiers, armes "hybrides" censées combiner la mobilité des canons (pièces projetant des boulets selon une trajectoire assez rectiligne et horizontale) et la puissance de feu des mortiers (pièces lourdes et peu mobiles, au tube plus court mais plus larges que celui des canons, et dont les bombes destinées à pilonner les fortifications lors des sièges sont projetées selon une trajectoire parabolique). Je n'ai hélas pas trouvé d'image de bonne qualité représentant des licornes russes de la guerre de Sept Ans... À défaut, voici une illustration d'un traité français de littérature militaire du milieu du 18e siècle:

Gravure tirée de Théorie nouvelle sur le mécanisme de l'artillerie, par François Joseph Dulacq, 1741. Au premier plan se trouve une batterie de mortiers, et on distingue au second plan une batterie de canons.

Le nom de cette pièce vient des poignées en forme de licornes soudées au tube de l'obusier, en hommage au commandant de l'artillerie russe, le comte Shuvalov, dont les armoiries familiales présentaient une licorne.

Les artilleurs russes, Shuvalov en tête, sont immédiatement séduits par la nouvelle arme, plus légère (et donc plus mobile) que les obusiers "classiques", au point de susciter la curiosité de leurs alliés autrichiens, qui demandent à en voir l'efficacité. Des tests sont donc effectués à Vienne au courant de l'année 1759. Toutefois, les officiers d'artillerie autrichiens sont très peu impressionnés par les capacités des licornes russes, observant une certaine lourdeur des affûts (et donc une perte de mobilité, ce qui était pourtant selon les Russes une des forces de la nouvelle arme) ainsi qu'une portée plus faible que celle de leurs propres obusiers légers... Pour éviter de froisser les officiers russes et ainsi risquer de nuire à la coopération des deux armées, les autorités autrichiennes insistent sur la présence de quelques licornes au sein des armées combattant Frédéric II de Prusse. Les reproches répétés des généraux autrichiens envers les licornes portent cependant leurs fruits, puisque dès 1760 l'impératrice Marie-Thérèse renvoie le "cadeau" de son allié en Russie, consacrant l'échec de cette tentative d'exportation d'un savoir-faire russe en matière d'artillerie.

Les licornes restent toutefois en service au sein de l'armée russe, avec plusieurs modifications et améliorations successives, jusqu'à la guerre de Crimée au milieu des années 1850.

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Michel Thévenin


Source:

Christopher Duffy, Russia's Military Way to the West. Origins and Nature of Russian Military Power, 1700-1800, Londres, Routledge, 1981.