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mardi 11 août 2026

Portrait de l'ingénieur Lombard de Combles

Bonjour!

Ce 11 août 2026 marque le 270e anniversaire de la mort de Jean-Claude-Henri de Lombard de Combles, le seul des ingénieurs militaires envoyés par Louis XV en Nouvelle-France pendant la guerre de Sept Ans qui décède en Amérique. 

Le personnage est déjà connu des personnes habituées à ce blogue. Mon premier article en 2018 présentait sa mort tragique le 11 août 1756, le pauvre de Combles étant tué par Hotchig, un chef de la nation Nipissing allié aux Français, qui confondit le rouge de l'uniforme de l'ingénieur avec celui des Britanniques (voir mon article ici)... J'ai aussi eu l'occasion de présenter dans une vidéo de quelques minutes ce magnifique plan des forts britanniques de Chouaguen (Oswego, État de New York) et du projet de leurs attaques, dressé par l'ingénieur deux semaines avant sa mort (voir la vidéo ici).

Plan de la Rivière et des Forts de Chouaguen 
relatif à la reconnaissance que j'en ay fait 
le 25 juillet 1756. 
 Archives Nationales d'Outre-Mer 
                           

Pour souligner la date de la mort de Lombard de Combles, je souhaite vous proposer ici un bref portrait de l'ingénieur.

Né le 10 décembre 1719 à Combles-en-Barrois (près de Bar-le-Duc, en Lorraine), Jean-Claude-Henri de Lombard de Combles est le fils d'un ingénieur du Génie, Jean-Adrien, qui décède de ses blessures au siège de Kehl (Allemagne) en 1733.

Ayant probablement appris les rudiments du métier d'ingénieur auprès de son père, Jean-Claude-Henri complète cet apprentissage par un emploi d'inspecteur des fortifications à Bapaume entre 1734 et 1738, puis à Hesdin jusqu'en 1742, avant d'obtenir son brevet d'ingénieur ordinaire (le premier échelon du corps des ingénieurs militaires français) en 1743, en même temps que le grade de lieutenant dans l'armée royale.

De Combles est immédiatement affecté à Belle-Île-en-mer, une île au sud de la Bretagne. Alors que la France déclare la guerre à l'Autriche et à la Grande-Bretagne en 1744 (elle participe tout de même à la guerre de Succession d'Autriche comme alliée de la Bavière depuis 1741), l'ingénieur quitte le service des fortifications de l'île bretonne en 1745 pour intégrer l'armée des Flandres, commandée par Louis XV et le maréchal de Saxe. Il participe aux sièges de la ville de Tournai, en Belgique, et de sa citadelle en mai et juin 1745 (c'est dans le cadre de ce siège qu'a lieu la célèbre bataille de Fontenoy du 11 mai).

Siège de Tournai, 14 mai 1745, Pierre-Nicolas Lenfant,
Collections du Château de Versailles

De Combles repart pour Belle-Île à l'été 1745, et y reste jusqu'à son départ pour le Canada en 1756, tout en effectuant quelques missions ponctuelles à divers endroits des côtes de Bretagne. Il se distingue entre autres par la rédaction d'un mémoire sur les fortifications de Belle-Île en 1754, numérisé et disponible sur le portail Gallica de la Bibliothèque Nationale de France (voir ici). Capitaine en 1752, il demande à servir aux colonies, et est pour cela récompensé par la croix de Saint-Louis (prestigieux ordre militaire récompensant les officiers de l'armée royale d'Ancien Régime) au début de l'année 1756, au moment de son départ pour le Canada.

Parti de Brest début avril 1756 avec les renforts commandés par le marquis de Montcalm, il arrive à Québec le mois suivant. Il est presque immédiatement envoyé dans la région du lac Ontario pour préparer le siège des forts britanniques de Chouaguen/Oswego. Parti du fort Frontenac (Kingtson, Ontario) à la mi-juillet, il effectue une observation des forts britanniques les 25 et 26 juillet, dont il tire à son retour à Frontenac quelques jours plus tard un plan et un mémoire.

C'est à l'occasion d'une nouvelle reconnaissance des positions ennemies, préalable à l'ouverture du siège par l'armée de Montcalm, que de Combles est tué accidentellement, le 11 août 1756.

Il laisse en France une famille nombreuse (six enfants âgés de 3 à 11 ans, orphelins de mère comme de père), qui bénéficiera toutefois de l'aide des autorités françaises (voir mon article à ce sujet ici).

Ingénieur dont les compétences sont à plusieurs reprises soulignées par ses supérieurs (voir ma thèse de doctorat, disponible en ligne sur le site de la bibliothèque de l'Université Laval), ses documents préparatoires au siège de Chouaguen ont grandement aidé Montcalm et son état-major à planifier la prise des forts britanniques, dont la garnison capitule le 14 août 1756, trois jours seulement après la mort de l'ingénieur.

Je vous invite à consulter, en complément de mon bref article, la biographie de Lombard de Combles dans le Dictionnaire biographique du Canada (voir ici).

Bonne journée!

Michel Thévenin

samedi 14 août 2021

Plan de la rivière et des forts de Chouaguen par l'ingénieur de Combles

Bonjour!

Cette année encore j'ai participé aux Rendez-Vous d'histoire de Québec, tenus cette année de manière virtuelle. J'ai prononcé en compagnie de mon grand ami l'historien Joseph Gagné (auteur du blogue Curieuse Nouvelle-France) une conférence ayant pour thème le divertissement des militaires au XVIIIe siècle (la vidéo d'une cinquantaine de minute est disponible sur Youtube, voir ici).

Je vous partage aujourd'hui mon autre contribution à ces Rendez-Vous, à savoir une capsule de cinq minutes pour leur "carrousel d'images".

Je vous présente donc ici un document en lien avec le siège des forts de Chouaguen, qui s'est achevé le 14 août 1756.

Bonne écoute, et à bientôt pour de nouveaux billets historiques!

 

Michel Thévenin


Si vous appréciez mes recherches et le contenu de ce blogue, acheter mon premier livre (qui est maintenant disponible en France!) serait une très belle marque d'encouragement (voir à droite, "Envie d'en savoir plus?"). Si vous ne voulez pas vous procurer le livre, mais que vous souhaitez tout de même m'encourager à poursuivre sur cette voie, vous pouvez faire un don via Paypal (voir à droite l'onglet "Soutenir un jeune historien"). Vous pouvez également partager cet article (ou tout autre de ce blogue), vous abonner au blogue ou à la page Facebook qui y est liée. Toutes ces options sont autant de petits gestes qui me montrent que mes recherches et le partage de celles-ci auprès d'un public large et varié sont appréciés, et qui m'encouragent à poursuivre dans l'étude d'aspects souvent méconnus de l'histoire militaire du XVIIIe siècle.


mercredi 17 juin 2020

Le difficile apprentissage du métier d'ingénieur: Desandrouins et le siège des forts de Chouaguen de 1756

Bonjour!

Je souhaite aujourd'hui aborder un nouvel aspect du métier de l'ingénieur militaire du 18e siècle, à savoir la difficulté de transposer le savoir acquis lors de la formation aux conditions réelles d'un siège. Les ingénieurs militaires français sont depuis Vauban reconnus pour leur expertise par les différentes puissances européennes (ils l'étaient déjà dans une certaine mesure, mais l'aura et l'efficacité de Vauban et de ses méthodes a très fortement amplifié le phénomène). Mieux encore, la formation, tant théorique que pratique, reçue à partir de 1748 à l'École Royale du Génie de Mézières (que j'ai déjà présentée dans un premier article, voir ici) accentue la qualité du savoir des ingénieurs militaires de Louis XV, ainsi que la reconnaissance internationale de ceux-ci.

Aussi qualitative soit-elle, l'instruction reçue à Mézières n'assure pas pour autant aux jeunes ingénieurs une sérénité à toute épreuve dans l'exercice de leur métier, notamment dans les débuts de leur carrière. Un exemple nous en est fourni avec le cas de l'ingénieur Jean-Nicolas Desandrouins. Né en 1729, il est l'un des premiers ingénieurs passés par la nouvelle École Royale du Génie de Mézières, obtenant son brevet d'ingénieur en 1752. Sa carrière fut riche et intéressante, et il réussit à prouver à de multiples reprises ses compétences, notamment lors des campagnes de la guerre de Sept Ans en Nouvelle-France, rédigeant entre autres un brillant mémoire sur la défense du fort Carillon (auquel j'ai déjà consacré un article) et commandant par la suite les ingénieurs envoyés en Amérique lors de la guerre d'Indépendance américaine (voir mon article ici). Toutefois, s'il a participé dans l'infanterie à quelques sièges de la fin de la guerre de Succession d'Autriche (1741-1748) avant de suivre sa formation d'ingénieur, il n'a pas encore connu de siège en tant qu'ingénieur avant son arrivée en Nouvelle-France en 1756. Il nous livre dans son journal de campagne (très largement cité par son biographe, l'abbé Gabriel, à la fin du 19e siècle) le récit de sa participation assez douloureuse au siège des forts britanniques de Chouaguen en août 1756.

Pour un bref rappel, l'établissement de trois forts britanniques à l'embouchure de la rivière de Chouaguen sur la rive sud du lac Ontario (le fort Ontario et, de l'autre côté de la rivière, les forts Chouaguen et George, tous trois situés à l'emplacement de l'actuelle ville d'Oswego, NY), était perçu comme une constante menace planant sur l'ensemble de la Nouvelle-France (voir à ce propos mon article présentant le violent réquisitoire de Monsieur de La Galissonière contre ces forts).
Le gouverneur de la colonie, le marquis de Vaudreuil, avait eu pour volonté de s'emparer de Chouaguen en 1755, mais les offensives menées par les Britanniques l'avaient contraint à repousser ce projet. La déclaration officielle de la guerre en 1756 et l'arrivée des renforts commandés par le marquis de Montcalm lui donnent l'occasion de relancer, concrètement cette fois-ci, l'attaque de Chouaguen. L'importance de celle-ci dans l'esprit de Vaudreuil est perceptible par les effectifs réunis pour le siège: Montcalm dirige pour l'opération une armée de près de 3 000 hommes, tant des troupes régulières que de celles de la colonie, des miliciens et des alliés autochtones, accompagnés d'une cinquantaine de pièces d'artillerie (dont quatre canons pris aux Britanniques à la bataille de la Monongahéla de juillet 1755). Plus encore, le siège mobilise les deux seuls ingénieurs militaires métropolitains alors présents au Canada (trois autres sont en poste à Louisbourg), les sieurs de Combles et Desandrouins. En préparation du siège, l'ingénieur de Combles avait effectué une reconnaissance de Chouaguen à la fin du mois de juillet, dont il avait tiré un plan des fortifications britanniques, sur lequel il avait intégré une première ébauche des travaux de siège à suivre:

Plan de la rivière et des forts de Choueguen relatif à la reconnaissance que j'en ay fait le 25 juillet 1756,
dressé par l'ingénieur de Combles au fort Frontenac le 30 juillet 1756,
Archives nationales d'Outre-Mer, FR ANOM 03DFC537C







Au début du mois d'août, le chevalier Le Mercier, commandant de l'artillerie, repère une anse propice selon lui au débarquement de l'artillerie et des troupes (qui devaient rejoindre Chouaguen depuis le fort Frontenac, situé sur l'actuelle ville de Kingston en Ontario, en traversant le lac Ontario), anse qui avait l'avantage d'être située plus proche des forts britanniques que celle initialement prévue. Au cours d'une reconnaissance en compagnie de Le Mercier les 8 et 9 août, les deux ingénieurs conviennent du choix judicieux de l'emplacement. Toutefois, celui-ci est vertement critiqué par les officiers des troupes de Terre, qui jugent le débarquement à cet endroit des plus périlleux. Ce n'est qu'après que Le Mercier ait énergiquement fait débarquer quelques pièces d'artillerie à l'anse qu'il avait repérée, sous les yeux de l'armée, que les esprits se calment. L'épisode marque tout de même le jeune Desandrouins, celui-ci constatant toute la difficulté que peuvent avoir les membres des corps "savants" de l'armée française à faire entendre leur expertise aux autres officiers.

L'apprentissage du jeune ingénieur se complique bien davantage à la suite de l'incident qui dans la matinée du 11 août coûte la vie à son collègue Lombard de Combles (que j'ai déjà exposé dans un autre article, voir ici). La perte de son supérieur (qui fit brièvement office de mentor lors de leur collaboration en Amérique, ce qui poussera Desandrouins à demander aux autorités une aide financière pour la famille du défunt, voir mon article ici) fait de Desandrouins le seul ingénieur présent pour mener les travaux du siège. L'état-major fait alors appel à Pierre Pouchot, officier au régiment de Béarn possédant une solide connaissance de l'ingénierie militaire (il s'illustrera par exemple lors de la défense du fort Niagara, qu'il a puissamment fortifié, voir mon article ici), pour épauler le jeune et peu expérimenté ingénieur.

Dans un premier temps, la collaboration des deux hommes permet de mener à bien les phases préliminaires du siège, Desandrouins notant ainsi:
"Le 11 et le 12, on avait achevé le chemin qui conduisait de l'anse du débarquement jusqu'au pied du coteau sur lequel est placé le fort Ontario, et l'on avait fait une quantité prodigieuse de gabions, fascines, saucissons, qui permit de déterminer l'ouverture de la tranchée pour la nuit suivante, c'est-à-dire pour celle du 12 au 13".
C'est justement à propos de l'emplacement des tranchées de siège que les avis de Desandrouins et de Pouchot divergent, comme le constate amèrement Desandrouins:
"J'avois reconnu le terrain en plein jour, pendant que les Canadiens et les Sauvages fusilloient avec le fort, et j'avois pris mon point de vue pour conduire une parallèle sur la crète du coteau, de manière qu'elle s'opposa directement au front qui nous faisoit face. M. Pouchot, qui avoit pareillement reconnu en plein jour, ne fut pas du même avis, jugeant, en grand militaire, qu'il valoit beaucoup mieux appuyer sa droite au lac. 
J'eus beau étaler pour raisons qu'ainsi on laisseroit le fort entièrement sur sa gauche, et que la batterie, qu'on ne devoit commencer dès le lendemain matin, ne pourroit battre le fort que très obliquement, ce qui n'étoit pas dans les règles du métier; que d'ailleurs les pieux de 18 pieds, que tout le monde croyoit à l'épreuve du boulet de 12 qui étoit notre plus fort, resisteroient bien plus aisément étant pris de biais, et qu'il seroit bien plus difficile d'y faire une trouée. 
On me prit pour un écolier qui ne savoit que suivre scrupuleusement les règles de Vauban: on me rit au nez".
La fin de l'extrait est particulièrement éloquente: le reproche fait à Desandrouins de "n'être qu'un écolier qui ne savoit que suivre scrupuleusement les règles de Vauban" est le reflet de celui fait tout au long du 18e siècle aux ingénieurs militaires français par les autres membres de l'armée. Les ingénieurs français sont en effet régulièrement tancés pour leur "dogmatisme" frôlant parfois la vénération sans concession du maître ingénieur Vauban. Ces attaques envers les pratiques et savoirs des ingénieurs sont de plus en plus virulentes dans la seconde moitié du siècle, et conduisent même à de sérieuses et très médiatisées polémiques entre ingénieurs et artilleurs dans les décennies 1770 et 1780, sur lesquelles je reviendrai dans d'autres articles.

La querelle entre Desandrouins et Pouchot montre donc la difficulté pour un jeune ingénieur en début de carrière de concilier l'enseignement très poussé (tant sur le plan théorique que pratique) reçu à l'École Royale du Génie de Mézières, principalement basé sur les préceptes de Vauban, et les réalités opérationnelles des sièges, dans lesquels interviennent régulièrement des acteurs étrangers au corps des ingénieurs militaires.

L'avis de Pouchot ayant prévalu quant à l'emplacement des tranchées, Desandrouins exécute bien malgré lui les ordres reçus, se permettant tout de même dans son journal une savoureuse remarque:
"J'exécutay donc l'ordre à la lettre, non sans avoir lieu de m'en repentir, car tous les curieux du camps étant venus le matin dire leur avis, les moins intelligents n'avoient pas besoin d'ouvrir Vauban pour s'apercevoir que nous étions exposés au feu des deux forts, sans pouvoir en battre aucun".
La mésentente entre les deux hommes n'a cependant pas de réelle incidence sur le déroulement du siège. Le fort Ontario est abandonné dans l'après-midi du 13 août par les Britanniques, fortement impressionnés par la tenue de travaux de siège à l'européenne en Amérique, et qui se replient dans les deux forts de l'autre côté de la rivière. La mort du commandant de la garnison, le colonel Mercer, emporté par un boulet français le 14 août, les contraint à la reddition, mettant ainsi fin au siège, le premier en tant qu'ingénieur pour Jean-Nicolas Desandrouins.



Plan des forts de Chouaguen avec les attaques de l'armée commandée par M. le marquis de Montcalm,
disponible dans la Collection des Manuscrits du Maréchal de Lévis,
éditée dans la décennie 1890 par Henri-Raymond Casgrain (tome 4, Lettres et pièces militaires)

Voilà qui clôt cet article pour aujourd'hui.
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À bientôt pour de nouveaux billets historiques!
Michel Thévenin

Source:

Charles-Nicolas Gabriel, Le maréchal de camp Desandrouins, 1729-1792; guerre du Canada, 1756-1760, guerre de l'indépendance américaine, 1780-1782, Verdun, Imprimerie Renvé-Lallemant, 1887.

(Voir aussi le livre de René Chartrand, Montcalm's Crushing Blow: French and Indian Raids along New York's Oswego River 1756, Osprey Publishing, 2014).

lundi 9 mars 2020

Un bel exemple de solidarité entre ingénieurs français en Nouvelle-France

Bonsoir!

Petite précision pour débuter cet article: il s'agit de la version remaniée et augmentée le 13 janvier 2022 d'un article initialement publié en mars 2020.

Cet article fait écho à celui qui a inauguré ce blogue il y a maintenant plus de trois ans, qui présentait la mort accidentelle (et tragique) de l'ingénieur militaire français Jean-Claude-Henri de Lombard de Combles au siège de Chouaguen en août 1756 (voir l'article relatant l'anecdote ici).


Le 28 août 1756, l'ingénieur Jean-Nicolas Desandrouins écrit de Montréal une lettre adressée au Secrétaire d'État à la Marine et aux Colonies, Jean-Baptiste de Machault d'Arnouville, dans laquelle il informe le ministre du succès du siège de Chouaguen (il joint à sa lettre un journal du siège), mais aussi de la mort de son collègue et supérieur Lombard de Combles.


Lettre de Jean-Nicolas Desandrouins au Ministre de la Marine, 28 août 1756
FR ANOM COL C11A 101 folio 350
(disponible sur le portail Archives de la Nouvelle-France)


Pour un bref rappel, l'ingénieur Lombard de Combles était arrivé à Québec au printemps 1756 avec les renforts amenés au Canada par le marquis de Montcalm, alors que la déclaration de guerre entre la France et la Grande-Bretagne était imminente (bien que les hostilités aient débuté en Amérique en 1754...). Doté d'une expérience de treize années dans le corps des ingénieurs militaires, il devait (avec son collègue Jean-Nicolas Desandrouins) combler le vide laissé en termes de personnel spécialisé en fortifications par la capture en 1755 des trois ingénieurs destinés à la colonie laurentienne (voir mon article à ce sujet ici).

De Combles est très vite envoyé dans la région du lac Ontario, afin de préparer le siège des forts britanniques de Chouaguen (dans l'actuelle ville d'Oswego, dans l'État de New York). Il laisse un journal et un plan très intéressants de la reconnaissance qu'il fait des forts britanniques à la fin du mois de juillet. J'ai présenté ces documents dans une vidéo de cinq grosses minutes pour l'édition 2021 des Rendez-Vous d'histoire de Québec, que je vous invite à visionner ici.

L'aventure canadienne s'écourte toutefois pour de Combles, puisqu'au matin du 11 août, alors qu'il effectue une nouvelle reconnaissance des forts britanniques en préparation du siège, en compagnie de son subordonné Desandrouins, il est tué dans la forêt par un autochtone allié aux Français, Hotchig, qui a confondu le rouge de son uniforme avec celui des Britanniques...

Fils d'un ingénieur militaire mort au combat, Jean-Claude-Henri de Lombard de Combles avait suivi l'exemple paternel lors de la guerre de Succession d'Autriche (1740-1748), apprenant le métier d'ingénieur lors des nombreux sièges de cette guerre. Desandrouins, lui, avait également participé aux dernières années de ce conflit, y découvrant notamment un intérêt pour le Génie. Il avait alors poursuivi une formation dans la nouvelle École Royale du Génie de Mézières, dont il fut un des premiers élèves. Son affectation au Canada en 1756 était ainsi une première occasion pour lui de mettre à profit sur le terrain le savoir acquis à Mézières (voir l'article que j'ai consacré à cette école du Génie). Dès l'arrivée des renforts de Montcalm, le siège des forts britanniques de Chouaguen avait été planifié, afin de mettre à bas la sérieuse menace que constituait la présence britannique sur le lac Ontario (voir mon article à ce sujet ici).

Après la mort de de Combles lors des phases préparatoires du siège, Desandrouins avait réussi, avec l'aide de Pierre Pouchot (officier des troupes de Terre disposant de capacités reconnues en matière d'ingénierie militaire) à mener victorieusement les attaques contre les forts britanniques. Malgré ce succès et quoique lui-même doté de compétences solides, le jeune ingénieur (il a alors 27 ans) se met cependant en retrait dans sa lettre au ministre de la Marine, pour insister sur la gravité de la mort de son supérieur, ainsi que sur l'heureux secours de Pouchot:
"Les opérations délicates que nous étions au moment de faire rendirent sa perte bien chère à nos généraux et à toute l'armée par la confiance qu'on avoit en son expérience et sa capacité. Heureusement Mr de Pouchot l'un des premiers factionnaires au régiment de Béarn dont les talens pour le Génie étoient connus depuis longtemps se trouva la et reçut ordre de faire les fonctions d'ingénieur pendant le siège. Nos succès prouvent le bon choix qu'on avoit fait".






















La suite de la lettre de Desandrouins nous offre un passage que je trouve touchant, par lequel le jeune ingénieur demande au ministre d'intercéder auprès du Secrétaire d'État à la Guerre, le comte d'Argenson, et du roi, afin que Louis XV vienne en aide à la famille de son défunt collègue:
"Oserois-je, vous représenter, Monseigneur, l'état de pauvreté ou Mr de Combles laisse six enfans en bas age un frère et une soeur dont il étoit l'unique soutien. Daignez-vous réunir, Monseigneur, à Mr. le Comte d'Argenson auprès du Roy pour obtenir des grâces à cette famille infortunée".



Au cours de leur brève collaboration en Nouvelle-France, Desandrouins a développé un profond respect envers son supérieur, qui semble-t-il lui a servi de mentor en quelques occasions (de Combles n'était certes plus âgé que de dix ans, mais il disposait d'une expérience du terrain supérieure). La requête de Desandrouins en faveur de la famille du défunt est une marque poignante de ce respect, en plus de nous renseigner sur les liens qui pouvaient unir les ingénieurs dans une sorte "d'esprit de corps".

Cet esprit de corps était en effet très vivace parmi les ingénieurs militaires français, notamment en raison d'une certaine difficulté à acquérir une pleine intégration dans l'armée, les ingénieurs étant un corps assez récent dans l'armée française (1691), et leur savoir-faire technique et scientifique étant quelque peu dédaigné par les autres corps. Cet esprit de corps se traduit entre autres par une solidarité financière entre collègues. Au début du XVIIIe siècle, les ingénieurs militaires ont en effet créé une "caisse de secours", comme la nommait l'historienne Anne Blanchard. Les ingénieurs acceptaient en effet qu'une petite somme soit prélevée de leurs appointements annuels, et soit destinée à soutenir financièrement les familles de leurs collègues morts sans fortune. Le geste de Desandrouins renvoie donc à cette solidarité financière entre ingénieurs.

Toutefois, j'ai eu connaissance récemment d'une autre lettre écrite le même jour par le même Desandrouins, qui montre que son attachement à son regretté supérieur va bien au-delà d'une simple demande de prendre en considération la famille du défunt. La lettre, envoyée à Noël de Règemorte (lui-même ingénieur et directeur du Bureau des Fortifications au Ministère de la Guerre entre 1743 et 1756), montre que Desandrouins est prêt à mettre ses propres considérations pécuniaires de côté, au profit de la famille de de Combles:

"Dans la lettre par la quelle j'adresse un plan et une relation du siege à M. le Comte D'argenson je luy expose le triste etat ou M. De Combles laisse six enfans en bas age, un frere et une soeur dont il etoit l'unique soutien; j'ajoute que je suis en mon particulier si touché de la triste scituation de cette famille infortunée et que j'etois si attaché à leur pere que je me trouverois fort heureux si en suspendant pour quelques années les graces dont on me jugeroit digne, on pouvoit rendre leur sort meilleur. C'est trés sincerement que je parle ainsi".

Lettre de Jean-Nicolas Desandrouins à Noël de Règemorte,
Montréal, le 28 août 1756
Bibliothèque Nationale et Universitaire de Strasbourg, Fonds de Turckheim 221.1, folio 57v
















Alors que les officiers en poste dans les colonies se plaignent constamment de la modicité de leurs appointements, du besoin dans lequel ils se trouvent au vu du coût de la vie dans des colonies marquées par la guerre, et réclament fréquemment des grâces monétaires, le geste de Desandrouins, qui renonce à de futures récompenses pour assurer le confort de la famille du malheureux de Combles est on ne peut plus fort et touchant!


À en croire la biographie de Lombard de Combles dans le Dictionnaire biographique du Canada (voir ici), la demande de Desandrouins ne fut pas vaine, puisque les enfants du défunt ingénieur reçurent du roi "une gratification annuelle en retour des loyaux services de leur père". En plus d'une aide financière accordée à la famille, le deuxième fils de de Combles, né en 1748, est admis en 1756 à l'École Royale Militaire fondée à Paris en 1751 pour offrir une éducation militaire à des jeunes nobles de familles sans fortune (il semble que son frère aîné, né en 1745, y était déjà depuis 1755). Ce deuxième fils prénommé Pierre-Marie sort de l'École en 1766 et sert notamment à Saint-Domingue (Haïti) dans la décennie 1770, où il fait entre autres les fonctions d'ingénieur (sans en posséder toutefois le titre).

Desandrouins, pour sa part, est tout de même récompensé pour ses services lors du siège de Chouaguen, puisqu'il reçoit en 1757 une gratification de 600 livres.

J'espère que cet article vous aura plu.
À bientôt pour de nouveaux billets historiques!
   Michel Thévenin

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jeudi 25 avril 2019

L'ingénieur et la cuirasse

Bonsoir!



Notez qu'il s'agit d'une version augmentée et mise à jour le 6 juin 2022.


Le musée du fort Ticonderoga (ancien fort français de Carillon, dans l'actuelle ville de Ticonderoga, État de New York) est un interlocuteur priviliégié pour les historiens militaires de la guerre de Sept Ans en Amérique. Ses collections recèlent de nombreux trésors, qu'il s'agisse de documents rares ou d'artefacts ayant eu un rôle à jouer au cours de ce conflit. J'avais eu l'occasion de vous présenter un de ces artefacts, une moitié de mortier français conservée au fort. J'aimerais maintenant m'attarder sur une autre pièce de l'impressionnante collection de ce musée.

Des réparations menées sur une partie des fortifications en 1941 ont permis de mettre au jour un objet des plus intéressants, à savoir la moitié d'une cuirasse française de la guerre de Sept Ans. La cuirasse était l'héritière des armures médiévales, et consistait en deux plaques de fer permettant de couvrir le buste et le dos (parfois avec des renforts sur les cuisses, dépendamment des corps d'armée). Ici, il s'agit de la plaque de dos d'une de ces cuirasses.

Plaque de dos d'une cuirasse retrouvée au fort Ticonderoga en 1941


L'intérêt d'une telle pièce pour mes recherches rejoint directement les ingénieurs militaires. En effet, la cuirasse a fait partie de l'équipement des ingénieurs dans leurs fonctions d'experts de la guerre de siège. La présence des ingénieurs militaires était en effet extrêmement importante dans le modèle de siège tel que théorisé par Vauban. Les ingénieurs étaient chargés de diriger les travaux d'approche des assiégeants, qu'il s'agisse de l'ouverture de la tranchée (ils décidaient du lieu et du moment exacts), ou de la direction et l'inspection de l'avancée de celle-ci. Il était donc fréquent que ces ingénieurs soient physiquement impliqués dans un siège, et directement soumis au feu de la garnison assiégée. Dans la première moitié du XVIIIe siècle, le corps des ingénieurs a ainsi payé un lourd tribut à cette exposition aux dangers des sièges. Par exemple, au siège de Mons (Belgique) en 1746, pas moins de 7 ingénieurs français meurent dans la tranchée, et 4 autres sont blessés. Dans l'ensemble des sièges menés par l'armée française entre 1744 et 1748, près d'une cinquantaine d'ingénieurs militaires tombent au combat, soit un sixième de l'ensemble du corps des ingénieurs. Pourtant, Louis XV avait tenté d'assurer la protection de ces experts de la prise des places. Une ordonnance royale du 7 février 1744 (disponible sur Gallica) rendait en effet obligatoire pour les ingénieurs militaires le port d'une cuirasse et d'un casque (jusque là peu utilisés) lors des travaux de siège.


L'hécatombe que connait le corps des ingénieurs jusqu'à la paix de 1748 montre l'efficacité toute relative de cette mesure, ou un respect de celle-ci très faible par les ingénieurs, d'autant plus qu'une autre ordonnance du 10 mars 1759 rappelle cette obligation, quasi au mot près...

Comme indiqué sur la notice de cette moitié de cuirasse sur le site du fort Ticonderoga, on ne peut affirmer avec certitude la raison de la présence de cet objet au fort. Le commandant de l'artillerie de la colonie, François-Marc-Antoine Le Mercier, a demandé à avoir une telle cuirasse au début de la guerre, sans qu'on sache si sa demande a été exaucée ou non. Cette cuirasse peut également avoir appartenu à l'un des quelques ingénieurs militaires français ayant combattu en Nouvelle-France pendant la guerre de Sept Ans, qui auraient donc ont amené avec eux ces pièces censées accroître leur sécurité. Et pourtant...

Vous vous souvenez peut-être du premier article de ce blogue, concernant la mort de l'ingénieur Jean-Claude-Henri de Lombard de Combles pendant la guerre de Sept Ans? (J'ai consacré plusieurs articles à cet ingénieur et aux circonstances de sa mort, vous pouvez les retrouver via son nom dans les différentes catégories d'articles à droite). Il s'agit pour rappel du seul ingénieur militaire français mort au combat en Amérique du Nord pendant ce conflit. Lors des phases préalables au siège des forts britanniques de Chouaguen (Oswego, État de New York) en 1756, et plus précisément pendant une reconnaissance des fortifications britanniques, l'ingénieur avait été accidentellement tué par un Autochtone allié aux Français, Hotchig (parfois appelé Ochik ou Aoussik), qui avait confondu le rouge de son uniforme avec celui des Britanniques... Une telle mésaventure aurait peut-être pu être évitée si de Combles avait porté une cuirasse...


Mise à jour 6 juin 2022

Le port de la cuirasse aurait pu être d'une aide d'autant plus précieuse pour notre malheureux Lombard de Combles que je suis tombé il y a quelques jours sur une anecdote, plus heureuse, concernant la cuirasse d'un autre ingénieur envoyé en Nouvelle-France pendant la guerre de Sept Ans.

Il s'agit de Jean-Gabriel Lemercier de Chermont, que j'ai déjà évoqué sur ce blogue dans mon article sur mon ingénieur "fantôme" (voir ici). J'avais en effet réussi à l'identifier en janvier 2021 comme étant le 4e ingénieur qui devait accompagner Louis-Antoine de Bougainville au Canada après la mission de ce dernier en France à l'hiver 1758-1759, alors que j'ignorais jusque-là l'identité de ce mystérieux 4e ingénieur. Son navire ayant eu à faire des réparations au large de l'Espagne, Chermont reçoit de nouveaux ordres, et est redirigé vers la Louisiane plutôt que vers le Canada. Il est le seul ingénieur militaire envoyé par la France en Louisiane pendant le conflit (voir ici une comparaison des différentes colonies).

Toutefois, avant son affectation en Amérique, Chermont, ingénieur depuis 1756, avait servi en Europe, et plus particulièrement en Allemagne en 1757 et 1758. Il participe entre autres aux batailles de Krefeld (23 juin 1758) et de Sanderhausen (23 juillet 1758). Il sert lors de ce dernier combat d'aide-de-camp au duc de Broglie, commandant les troupes françaises à cette occasion. Après la bataille, Broglie fait demander au ministre de la Guerre, le maréchal de Belle-Isle, une commission de capitaine pour le jeune ingénieur, et la lettre conservée dans les archives du Service historique de la Défense (château de Vincennes) montre un exemple parfait de l'utilité du port de la cuirasse:

"M. de Chermont y a évité une blessure très considérable, et peut-être la mort, par une circonstance des plus heureuses. À la fin de l'action, lorsque M. de Puységur fut blessé, il mit sa cuirasse, et un instant après il reçut un coup de feu au milieu de la poitrine".

Service historique de la Défense (Vincennes), GR 1Xe 5


Comme mentionné plus haut, j'ignore à l'heure actuelle si les ingénieurs envoyés au Canada avaient à leur disposition des cuirasses ou non. On peut toutefois constater avec compassion que le pauvre Lombard de Combles aurait certainement préféré en avoir une lors de sa fatale reconnaissance des forts britanniques du 11 août 1756!


À bientôt pour de nouveaux billets historiques!

Michel Thévenin


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Sources: Ordonnance du Roy sur le service & le rang des Ingénieurs, du 7 février 1744; Janis Langins, Conserving the Enlightenment: French Military Engineering from Vauban to the Revolution, Cambridge, The MIT Press, 2004, Anne Blanchard, Les ingénieurs du "Roy" de Louis XIV à Louis XVI. Étude du Corps des Fortifications, Montpellier, Collection du Centre d'histoire militaire et d'études de défense nationale, Université Montpellier III, 1979.

samedi 17 novembre 2018

Erreur (fatale) sur la personne: la mort de l'ingénieur De Combles

Bonjour!

Pour ce premier article, j'ai choisi un thème cocasse, quoique tragique: la mort accidentelle d'un ingénieur militaire français pendant la guerre de Sept Ans.

À l'été 1756, alors que la guerre de Sept Ans vient d'être déclarée en Europe entre la France et la Grande-Bretagne, les deux nations combattent en Amérique du Nord depuis deux ans. Prévoyant, Louis XV a envoyé à sa colonie de Nouvelle-France des renforts militaires, menés par le marquis de Montcalm. Peu après son arrivée, celui-ci entreprend une action offensive, en allant assiéger les forts britanniques de Chouaguen (situés dans l'actuelle ville d'Oswego, dans le nord de l'État de New York, sur la rive sud du lac Ontario).

Pour préparer le siège, Montcalm peut compter sur le savoir-faire des deux ingénieurs militaires qui l'accompagnent. 
J'en profite pour faire une petite digression: il est ici question des ingénieurs militaires, qui sont au coeur de mes préoccupations pour le doctorat que j'ai débuté à l'Université Laval. J'aurai l'occasion dans d'autres articles de revenir plus longuement sur le modèle européen de la guerre de siège et sur les actions des ingénieurs, mais pour résumer rapidement, les ingénieurs militaires sont les "scientifiques" de cette guerre de siège, ceux qui disposent du savoir-faire théorique et technique pour qu'un siège réussisse. L'une de leurs tâches consiste notamment à aller observer les fortifications ennemies, soit avant un siège soit au début de celui-ci, pour déceler les points faibles de la place assiégée, et les plus propices à une attaque efficace. 



Illustration d'Eugène Leliepvre représentant Montcalm et des officiers de son état-major, 
parmi lesquels un ingénieur militaire (agenouillé à gauche)

En prévision du siège de Chouaguen/Oswego, Montcalm envoie au mois de juillet l'un de ses ingénieurs, Jean-Claude-Henri de Lombard de Combles, pour aller reconnaître les forts britanniques. Celui-ci, partant du fort Frontenac (actuelle Kingston, Ontario), réussit pleinement sa mission. À son retour à Frontenac le 30 juillet, il dresse un plan des fortifications britanniques, qui a été conservé par les Archives Nationales d'Outre-Mer françaises:


Plan de la Rivière et des Forts de Chouaguen 
relatif à la reconnaissance que j'en ay fait 
le 25 juillet 1756. 
Plan dressé le 30 juillet 1756 par l'ingénieur De Combles.
 Archives Nationales d'Outre-Mer 

Je trouve ce document extrêmement intéressant puisqu'en plus d'un plan détaillé des forts ennemis, l'ingénieur a pris le soin de dessiner une première proposition des travaux de siège qui seront à mener pour s'en emparer.

Le 10 août 1756, l'armée de Montcalm débarque près des forts de Chouaguen. De Combles, nommé ingénieur en chef pour ce siège, décide de procéder à une nouvelle reconnaissance des forts le lendemain matin, en compagnie de son collègue ingénieur Jean-Nicolas Desandrouins. Au matin du 11 août, les deux ingénieurs ainsi que quelques officiers partent en direction des bois entourant les forts britanniques, accompagnés d'une escorte de guerriers amérindiens. Laissant leurs compagnons et leurs gardes en retrait, les deux ingénieurs s'avancent pour observer les fortifications. Mais alors qu'il revient vers ses compagnons, de Combles est malencontreusement pris pour cible par l'un des alliés autochtones, qui a confondu l'uniforme rouge de l'ingénieur avec celui des Britanniques... De Combles meurt de sa blessure sur le chemin du retour. L'incident plonge les officiers français dans l'embarras, Montcalm notant dans son journal de campagne que "cette perte fut avec raison regardée comme considérable, ne restant qu'un seul ingénieur" pour le siège, à savoir Desandrouins.  

On peut imaginer la réaction de Bougainville et de ses collègues officiers
 en apprenant la cause de la mort de De Combles...

La mort de l'ingénieur ne coupe cependant pas les Français dans leur élan. Pierre Pouchot, un officier des troupes de Terre qui possède de solides connaissances en Génie, remplace le défunt pour épauler Desandrouins. Après un siège rapide, la garnison britannique capitule le 14 août.

Pour l'anecdote, l'Autochtone ayant tué de Combles, nommé Ochik (ou Hotchig, Aoussik, les officiers ont visiblement du mal à s'accorder sur son nom...), affligé par sa fatale erreur, a redoublé d'efforts pour nuire aux Britanniques, dans le but de se faire pardonner. Pouchot mentionne par exemple dans son journal que "Plus de 33 Anglais tombèrent sous ses coups dans le courant d'une année". 

Voilà pour ce premier article, j'espère que l'anecdote vous aura diverti.

À bientôt pour de nouveaux billets historiques!
   Michel Thévenin


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