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lundi 16 mars 2026

Répondre à un « antagoniste et un détracteur du corps du Génie » au début de la Révolution française

Bonjour!


Je suis ravi de partager aujourd'hui avec vous le texte d'une courte note de recherche que je publie dans le deuxième numéro de la revue Theia. Je m'y intéresse brièvement aux polémiques entourant l'armée française au début de la Révolution de 1789 sous l'angle de la participation auxdites polémiques d'un des ingénieurs militaires que j'ai étudiés dans ma thèse, François de Caire. Cette courte réflexion n'est qu'une introduction à ce que j'espère pouvoir être un projet de recherche plus vaste sur la question dans le cadre d'un éventuel postdoctorat.

Vous pouvez accéder au texte de ma note de recherche en cliquant sur ce portrait de François de Caire, conservé par les descendants de l'ingénieur et dont une reproduction numérique m'a généreusement été envoyée en 2024 par Monsieur Pierre de Boissieu, que je remercie.


Portrait de François de Caire, auteur et date inconnus (décennie 1770?)


Bonne lecture!

Michel Thévenin

lundi 29 mars 2021

Le climat canadien vu par l'ingénieur François de Caire

Bonsoir!

Je partage avec vous ce soir une petite curiosité que m'a envoyée mon codirecteur de recherche Jean-François Gauvin il y a quelques temps, à savoir la référence d'une réflexion émise par l'un des ingénieurs militaires en poste en Nouvelle-France pendant la guerre de Sept Ans, François de Caire, au sujet du climat canadien.

Il a partagé ses commentaires sur cette question auprès de l'abbé Nollet, illustre savant français du 18e siècle, et la lettre qu'il lui a envoyée à ce sujet en 1765 a été lue lors d'une séance de l'Académie Royale des Sciences en 1773, excusez du peu!

Le lien ne paraît pas évident entre les occupations premières d'un ingénieur militaire et des réflexions météorologiques, j'en conviens. Toutefois, de nombreux ingénieurs militaires français de la seconde moitié du 18e siècle ont développé un intérêt plus ou moins prononcé pour diverses disciplines scientifiques, aidés en cela par la rigueur et l'excellence des savoirs scientifiques qui leur sont inculqués à l'École Royale du Génie de Mézières (voir ici mon article d'introduction sur ce sujet).

La réflexion de François de Caire sur le climat canadien est disponible dans un recueil de textes scientifiques présentés à l'Académie des Sciences, publié en 1776 par cette institution. Vous pouvez accéder au texte (aux pages 541 à 552) en cliquant sur l'image ci-dessous.



Dans sa lettre adressée à l'abbé Nollet en 1765, de Caire revient sur les principales théories tentant d'expliquer les causes du froid en Nouvelle-France, avant de proposer sa propre hypothèse. Il ne retient que les récits de deux voyageurs parmi les nombreuses relations de voyages dans la colonie nord-américaine: "Avant de vous donner mes conjectures, Monsieur, sur la cause d'un phénomène aussi singulier, je crois devoir auparavant examiner celles des Pères Bressany & de Charlevoix, comme étant les deux seuls Voyageurs qui en aient parlé avec des connoissances, & que je montre en quoi il me paroît qu'ils se sont trompés" (page 542).

Le premier est Francesco Giuseppe Bressiani, jésuite italien missionnaire en Nouvelle-France dans les années 1640, qui publie en 1653 une relation de son voyage au Canada. Le second est Pierre-François-Xavier de Charlevoix, jésuite français lui aussi en mission en Nouvelle-France dans la première moitié du 18e siècle. Il publie en 1744 une Histoire et description générale de la Nouvelle-France, avec le Journal historique d'un voyage fait par ordre du roi dans l'Amérique Septentrionnale. Cet ouvrage sera lu quelques années plus tard par plusieurs officiers amenés à servir en Nouvelle-France pendant la guerre de Sept Ans, comme le marquis de Montcalm lors de sa traversée de l'Atlantique au printemps 1756. 

Je ne vais pas détailler ici l'argumentaire complet mis en place par de Caire, je vous laisse le plaisir et la curiosité de lire la dizaine de pages de sa lettre à l'abbé Nollet. Toutefois, pour résumer brièvement son propos, l'ingénieur présente diverses théories avancées par les deux jésuites sur les causes du froid au Canada, comme les fortes précipitations de neige, une surélévation des terres dont serait témoin l'abondance des hautes chutes d'eau dans les rivières canadiennes, ou encore la présence de la chaîne de montagnes des Appalaches au sud de Québec. Après avoir réfuté ces différentes hypothèses, de Caire présente finalement la sienne: la cause principale (voire unique) du froid en Nouvelle-France serait les vents venant du nord-ouest, depuis l'est de la Russie et qui, aucunement déviés par une vaste étendue d'eau ou par des montagnes, amèneraient à Québec des courants froids.

Il ne m'appartient pas de juger de la justesse des arguments avancés par l'ingénieur (tant pour réfuter les hypothèses de ses prédécesseurs que pour étayer la sienne), n'ayant pas des connaissances suffisantes en météorologie. Il ressort tout de même de sa lettre à l'abbé Nollet une conception différente de la question, profondément ancrée dans son temps et traduisant son éducation scientifique. Il reconnaît certes la bonne volonté des deux jésuites et la pertinence de leurs questionnements en leurs temps, mais il leur reproche toutefois une trop grande confiance accordée aux témoignages de colons au détriment d'une démarche basée sur des données mesurables et vérifiables, notamment lorsque Charlevoix affirme que le défrichage progressif des terres a "adouci" le climat dans la vallée laurentienne:

"L'autorité dont s'appuie le Père de Charlevoix, c'est l'assurance que lui en ont donné les habitans. Eh! comment peuvent-ils en juger? quel est leur terme de comparaison dans un pays où il s'en faut bien qu'il y ait eu une suite d'observations? Cependant ceci ne peut se transmettre que par des observations, comme tout phénomène qui a des degrés d'augmentations & de diminutions; & ce n'est pas sur le dire d'un vieillard qu'on peut sur de pareils objets établir un fait" (page 549).


Voilà qui clôt donc cet article pour aujourd'hui. Curieux personnage que ce François de Caire, jeune ingénieur militaire arrivé au Canada en 1759 à 27 ans et qui, en à peine un an et demi de présence dans une colonie en guerre, participe pleinement à la campagne de Québec de 1759 (voir mon article sur le sujet ici), notamment en qualité d'aide-de-camp du marquis de Montcalm, blesse en duel l'ingénieur canadien Michel Chartier de Lotbinière (voir ici), se marie avec une Canadienne (Marie-Élisabeth Lebé, qui l'accompagne en France à la capitulation de la colonie), et qui au travers de tout ça trouve le temps de réfléchir au climat canadien au point d'être lu à l'Académie des Sciences!

À bientôt pour de nouveaux billets historiques!
Michel Thévenin

Source: Extrait d'une lettre écrite à M. l'Abbé Nollet, le 20 juillet 1765, par M. de Caire, Chevalier de l'Ordre de Saint-Louis, & Capitaine au Corps du Génie, sur la cause du Froid en Canada, dans Mémoires de mathématique et de Physique, présentés à l'Académie Royale des Sciences, par divers Savans, & lû dans ses Assemblées, Année 1773, À Paris, de l'Imprimerie Royale, 1776 (pages 541-552).

Si vous appréciez mes recherches et le contenu de ce blogue, acheter mon premier livre (qui est maintenant disponible en France!) serait une très belle marque d'encouragement (voir à droite, "Envie d'en savoir plus?"). Si vous ne voulez pas vous procurer le livre, mais que vous souhaitez tout de même m'encourager à poursuivre sur cette voie, vous pouvez faire un don via Paypal (voir à droite l'onglet "Soutenir un jeune historien"). Vous pouvez également partager cet article (ou tout autre de ce blogue), vous abonner au blogue ou à la page Facebook qui y est liée. Toutes ces options sont autant de petits gestes qui me montrent que mes recherches et le partage de celles-ci auprès d'un public large et varié sont appréciés, et qui m'encouragent à poursuivre dans l'étude d'aspects souvent méconnus de l'histoire militaire du 18e siècle.

vendredi 22 mai 2020

Entre Québec, Pondichéry et Yorktown: les mobilités coloniales des ingénieurs militaires français au 18e siècle

Bonjour!

Je vous reviens après une (trop) longue absence, avec un contenu qui j'espère saura vous satisfaire.

J'avais évoqué dans un précédent article le sort de quelques officiers français après la reddition de Montréal du 8 septembre 1760 (voir ici), et notamment la mission à Malte en 1761 des quatre ingénieurs militaires français encore présents au Canada au moment de la capitulation de la colonie. Mon article d'aujourd'hui se veut en quelque sorte une suite de cet article, exposant quelques éléments de la carrière post-canadienne de certains des ingénieurs envoyés outre-Atlantique par Louis XV.

Du fait des talents de fortificateurs des ingénieurs militaires français (accentués au milieu du siècle par la formation reçue dans la nouvelle École Royale du Génie de Mézières, ouverte en 1748, à laquelle j'ai consacré un autre article) et des besoins constants de la monarchie française en la matière, la fonction d'ingénieur militaire impliquait une forte mobilité au gré des nécessités, tant au sein du royaume que dans l'espace colonial. Le service dans les colonies, et notamment en Nouvelle-France, n'était cependant pas une fin en soi pour ces ingénieurs (ironiquement, le service au Canada fut un aboutissement, par la force des choses, pour le malheureux Lombard de Combles, tué lors du siège des forts britanniques de Chouaguen en 1756, voir mon article à ce sujet ici).

Le service aux colonies est en effet, pour les ingénieurs militaires comme pour l'ensemble des officiers des autres corps de l'armée française, assez peu prisé. Au manque de prestige lié à la distance qui éloigne les colonies de la cour de Versailles (les grâces et faveurs sont bien plus accessibles en combattant sur le théâtre principal des Flandres, ou même sur ceux secondaires d'Allemagne ou d'Italie) s'ajoutent les multiples difficultés coloniales. Le climat (tant en Nouvelle-France qu'aux Antilles ou en Inde) s'avère souvent très rude, du moins dans un premier temps, pour les militaires européens. Mais la principale contrainte nuisant concrètement au service colonial est le flagrant manque de moyens pour effectuer leur métier. Tout au long du siècle, et dans toutes les colonies, les ingénieurs, mais aussi l'ensemble des officiers français, inondent les bureaux des Secrétaires d'État à la Marine et à la Guerre de lettres et de mémoires faisant état des pénuries de matériel et de personnel pour mener la guerre dans les colonies (parfois en forçant le trait). Je vous invite à voir à ce propos mon article introduisant les ingénieurs militaires, dans lequel j'ai laissé la parole à Louis-Antoine de Bougainville à propos du manque criant d'ingénieurs au Canada.

De plus, les ingénieurs métropolitains doivent souvent composer avec les colons, ce qui n'est pas toujours gage de réussite et d'harmonie et les pousse parfois à demander leur rappel en France. L'exemple le plus frappant que j'ai pu voir jusqu'à présent est celui de l'ingénieur Nicolas Sarrebource de Pontleroy, nommé ingénieur en chef de la Nouvelle-France en 1757 et dont le travail est constamment entravé par l'hostilité de son homologue canadien Michel Chartier de Lotbinière et du gouverneur, le marquis de Vaudreuil, Pontleroy allant même jusqu'à écrire dans une lettre au ministre en décembre 1758 "j'ay pour ce pays cy le péché originel, c'est d'être françois" (j'ai consacré un article à ce propos, que je vous invite à consulter ici).

Malgré ces difficultés, ces serviteurs de l'État se plient aux exigences des décideurs militaires (d'autant plus que le service aux colonies est souvent un moyen pour des jeunes ingénieurs en début de carrière d'acquérir de l'expérience, surtout dans la seconde moitié du 18e siècle), et les parcours de certains d'entre eux montrent une très forte mobilité coloniale. C'est le cas pour plusieurs des ingénieurs militaires français ayant servi en Nouvelle-France. Des onze ingénieurs envoyés par Louis XV au Canada dans la décennie 1750, trois connaissent par la suite une carrière dans d'autres colonies, chacun occupant même des fonctions à hautes responsabilités lors de la guerre d'Indépendance américaine (1778-1783), avec toutefois une réussite variable.

Jean-Nicolas Desandrouins, ingénieur en poste au Canada entre 1756 et 1760 (où il a démontré l'étendue de ses compétences) et apparu à plusieurs reprises sur ce blogue, voit sa participation aux campagnes nord-américaines de la guerre de Sept Ans mise à profit lors du conflit suivant. Il est en effet nommé commandant des ingénieurs du corps expéditionnaire envoyé en 1780 sous les ordres du comte de Rochambeau auprès des Américains. Les autorités militaires françaises comptent par là utiliser son expérience nord-américaine de la guerre. Desandrouins s'acquitte de sa tâche avec brio, participant aux campagnes nord-américaines entre 1780 et 1783, à l'exception de la plus importante, le siège de Yorktown de 1781 (malade à l'occasion de ce siège, il est contraint de laisser la gloire à d'autres, ce qui n'impactera toutefois pas sa réputation et la suite de sa carrière)...

Plan du siège d'York par l'armée combinée commandée par les généraux Washington et Comte de Rochambeau en 1781, François Jean de Chastellux, conservé au Service historique de la Défense





François de Caire, autre ingénieur ayant combattu au Canada en 1759 et 1760 (et apparu sur ce blogue à l'occasion de mon article évoquant le duel qu'il a eu avec l'ingénieur canadien Michel Chartier de Lotbinière au début de la campagne de Québec de 1759, voir ici), connaît moins de réussite que Desandrouins. Des documents concernant ses états de services, conservés aux Archives nationales d'Outre-Mer (voir ici), montrent ses affectations coloniales dans la décennie 1770. Tour à tour en Inde et dans les îles françaises de l'Océan Indien (l'île Bourbon et l'île de France, actuelles île de la Réunion et île Maurice), il est surtout nommé ingénieur en chef à Pondichéry, l'une des dernières possessions françaises en Inde après la guerre de Sept Ans, en 1777, alors que les tensions avec la Grande-Bretagne s'intensifient. C'est à ce titre qu'il participe à la défense la ville lors du siège mené par les Britanniques en 1778, qui s'achève par la reddition des Français après dix semaines de siège, reddition par laquelle de Caire est capturé.

Carte particulière de la ville de Pondichéry et de ses environs, ou est marqués les attaques des Anglais du mois d'aoust de 1778 et l'état où était la ville lorsqu'elle a été assiégée,
anonyme, ca 1778, Archives nationales d'Outre-Mer



Antoine Geoffroy n'a pour sa part jamais servi en Nouvelle-France. Et pour cause! Il a bien été envoyé au Canada avec les troupes du baron de Dieskau en 1755 (donc en temps de paix, bien que les hostilités entre la France et la Grande-Bretagne avaient débuté en Amérique en 1754), mais le vaisseau sur lequel il se trouvait, l'Alcide, a été capturé au large de Terre-Neuve, lors de ce qu'on a appelé "l'attentat de Boscawen" (l'amiral britannique Edward Boscawen s'est en effet emparé par ruse de deux navires français, l'Alcide et le Lys). Toutefois, la suite de la carrière de Geoffroy (relâché en 1757 et combattant en Allemagne pour le restant du conflit) est riche en expériences coloniales. Il sert en effet aux Antilles dans les décennies 1760 et 1770, à Saint-Domingue (actuelle Haïti) entre 1763 et 1765, puis en Martinique à partir de 1769. Il est surtout nommé directeur des fortifications des Îles du Vent (nom donné aux îles françaises de l'est des Antilles) en 1778. Il combat lors des campagnes des Antilles de la guerre d'Indépendance américaine, en participant très activement à la prise des îles britanniques de la Dominique, de Saint-Eustache ou encore de Tobago.

The capture of the "Alcide" and "Lys", 8 June 1755, anonyme, après 1755, National Maritime Museum





Voilà qui vient conclure cet article pour aujourd'hui.
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À bientôt pour de nouveaux billets historiques!
Michel Thévenin


Sources:
J'ai principalement utilisé ici le Dictionnaire des ingénieurs militaires 1691-1791 d'Anne Blanchard, publié à Montpellier en 1981.

jeudi 23 janvier 2020

Quel sort pour les officiers français après la reddition de Montréal de 1760?

Bonsoir!

Je souhaite aujourd'hui vous partager quelques éléments pour faire suite à mon article sur le refus d'Amherst d'accorder les honneurs de la guerre aux garnisons françaises de la Nouvelle-France pendant la guerre de Sept Ans (voir mon article ici).

L'acte de capitulation de Montréal du 8 septembre 1760 précisait que "toute la garnison de Montréal doit mettre bas les armes, et ne servira point pendant la présente guerre". L'intérêt stratégique d'une telle mesure pour les Britanniques est de priver Louis XV d'officiers et de soldats aguerris pour ses prochaines campagnes européennes. Mais au-delà de cet aspect stratégique, ce geste d'Amherst est un rude coup porté aux officiers français. Non seulement leur honneur de gentilhomme est touché, mais surtout, l'interdiction de combattre pour le restant du conflit prive ces professionnels de la guerre de possibilités de faire avancer leur carrière.


Certains de ces officiers, comme le chevalier de La Pause ou le comte de Malartic, sont ainsi réformés (c'est-à-dire qu'ils conservent leur grade, mais sont mis temporairement hors de service).

De rares officiers connaissent un meilleur sort, en obtenant une dispense qui les autorise à servir à nouveau. Je ne citerai ici que l'exemple le plus marquant, celui du chevalier de Lévis, qui avait succédé au marquis de Montcalm à la tête des troupes régulières françaises en Nouvelle-France à la mort de ce dernier à la bataille des Plaines d'Abraham du 13 septembre 1759.

Le 17 février 1761, Lévis écrit une lettre adressée à William Pitt, un des principaux ministres britanniques et au général Ligonier, courtisan proche du nouveau roi George III, et dont voici la teneur:
"La capitulation qui a été faite entre M. le général Amherst et M. de Vaudreuil, gouverneur général du Canada, porte que les troupes que je commandais dans ce pays ne doivent pas servir de la présente guerre. C'est un événement très contraire et décisif pour ma fortune, puisqu'il m'empêchera de mériter les grâces qu'il pourrait plaire au Roi mon maître de m'accorder. La générosité avec laquelle j'en ai usé envers les troupes de Sa Majesté Britannique, que le sort de la guerre a fait tomber dans mes mains et mon humanité à empêcher les cruautés des sauvages, ce qui est connu de tous les officiers généraux et particuliers des troupes anglaises qui ont servi en Amérique, me font espérer que vous voudrez bien vous intéresser pour moi auprès de Sa Majesté le Roi d'Angleterre pour me permettre de servir".
Il appuie sa demande d'une autorisation de servir par le comportement qu'il a adopté envers ses adversaires en Amérique, mettant de l'avant la culture militaire partagée par les deux belligérants, qui repose sur un respect et une courtoisie mutuelle (voir mes articles à ce propos ici et ).

Le 10 mars suivant, le général Ligonier lui répond que sa demande a été acceptée, non sans une pointe d'humour:
"J'ai eu l'honneur de mettre sous les yeux de Sa Majesté le désir que vous avez de servir et les avantages qui vous en résulteraient. La manière généreuse avec laquelle vous avez traité nos Anglais a d'abord déterminé Sa Majesté d'accorder votre demande. Vous êtes donc en liberté, Monsieur, de servir en Europe seulement. Si le Roi excepte l'Amérique, c'est votre faute, vous y avez servi avec trop de distinction".
Quelques jours plus tard, le 24 mars, Pitt répond également à Lévis, et lui confirme (plus sobrement) que George III lui accorde l'autorisation de servir en Europe.

Rares sont cependant les officiers à obtenir une telle faveur. Certains trouvent toutefois un moyen de se montrer utile tout en ne combattant pas. C'est le cas pour certains ingénieurs militaires, véritables experts scientifiques et techniques au sein des armées européennes (voir ici mon article présentant les ingénieurs).

Il n'est pas rare au siècle des Lumières que ces experts soient "prêtés" par un monarque à une puissance amieL'excellence de la formation française (notamment celle reçue à l'École Royale du Génie de Mézières à partir de 1748, voir ici) est la plus demandée, et le 18e siècle fourmille d'exemples de missions militaires au cours desquelles les ingénieurs militaires vont aider soit à construire ou renforcer des fortifications, soit pour former des ingénieurs locaux.

C'est le cas notamment en 1761. Devant la crainte d'une possible attaque des Ottomans, le Grand-Maître de l'Ordre des Chevaliers de Saint-Jean, qui contrôle l'île de Malte (point stratégique au sud de la Sicile) requiert l'aide de Louis XV. Or la guerre fait encore rage en Europe, et le roi de France ne peut se permettre de se priver des services de ses ingénieurs militaires. Il décide donc d'envoyer certains ingénieurs ayant servi au Canada, "inoccupés" par la force des choses (en l'occurrence par l'article de la capitulation de Montréal leur interdisant de combattre) dans une mission technique.

Quatre ingénieurs sont ainsi envoyés à Malte en mai 1761:
- Nicolas Sarrebource de Pontleroy, ancien ingénieur en chef de la colonie depuis 1757 (voir ici les difficultés qu'il a rencontrées dans cette tâche);
- Jean-Nicolas Desandrouins, qui s'est illustré à plusieurs reprises et à livré un mémoire très complet sur la défense du fort Carillon (voir ici);
- François de Caire, dont le court séjour en Nouvelle-France fut marqué par son duel victorieux contre l'ingénieur canadien Michel Chartier de Lotbinière (voir mon article à ce sujet ici);
- François Fournier, qui fut chargé de la défense en 1759 du fort de l'Île-aux-Noix au nord du lac Champlain.

Cette mission technique est placée sous le commandement de François-Charles de Bourlamaque, officier compétent et respecté et second du chevalier de Lévis lors de la dernière campagne de 1760. Petite ironie du sort, le 10 mars 1761, Lévis avait écrit une nouvelle lettre au général Ligonier, par laquelle il demandait une autorisation de combattre pour Bourlamaque, mais il semble qu'il n'ait jamais eu de réponse à ce sujet...

Du séjour maltais des cinq officiers, on ne sait hélas que très peu de choses, si ce n'est qu'il fut très court (quelques mois tout au plus, puisqu'on retrouve des traces de Desandrouins à Strasbourg en 1762). Leur mission à Malte s'est résumée à une inspection et à une validation (avec quelques légères améliorations) des fortifications construites par un autre ingénieur français, le chevalier de Tigné, au cours d'une mission technique semblable en 1715, et dont un aperçu est visible sur cette carte de 1724.

Les villes, forts et châteaux de Malte, gravure de Claude-Auguste Berey, 1724,
disponible sur Gallica



De ces ingénieurs, Desandrouins est celui qui connaîtra par la suite la carrière la plus intéressante. Lors de la guerre d'Indépendance américaine, il commande les ingénieurs militaires du corps expéditionnaire français envoyé pour aider les insurgés américains, et fera profiter à l'alliance franco-américaine de son expérience de la guerre de Sept Ans en Nouvelle-France. J'aurai certainement l'occasion d'en parler plus longuement dans un futur article.

Pour en apprendre plus sur le destin étonnant d'autres officiers de l'armée française après la reddition de Montréal, je vous recommande de lire le livre de mon excellent ami Joseph Gagné (auteur du blogue Curieuse Nouvelle-France), Inconquis: deux retraites françaises vers la Louisiane après 1760, édité par Septentrion.

Voilà qui conclut cet article pour aujourd'hui.
À bientôt pour de nouveaux billets historiques!
Michel Thévenin

Sources:
- Anne Blanchard, Dictionnaire des ingénieurs militaires, 1691-1791, Montpellier, Université Paul Valéry, 1981.
- Henri-Raymond Casgrain, Lettres du Chevalier de Lévis concernant la guerre du Canada, 1756-1760, Montréal, C. O. Beauchemin & Fils, 1889.
- Henri-Raymond Casgrain, Lettres et pièces militaires. Instructions, ordres, mémoires, plans de campagne et de défense 1756-1760, Québec, L-J. Demers & Frère, 1891.
- Stephen Spiteri et Hermann Bonnici, " "À la Vauban": French military architecture in eighteenth century Malta", dans Michèle Virol, Philippe Bragard et Nicolas Faucherre (dir.), L'influence de Vauban dans le monde, Besançon et Namur, Réseau des sites majeurs de Vauban et Les amis de la citadelle de Namur, 2014, p. 119-128.

mercredi 19 juin 2019

Québec 1759, un ou des sièges?

Bonsoir!

Aujourd'hui, je souhaite vous partager un résumé de ma présentation au Congrès de la French Colonial Historical Society, qui avait lieu la semaine passée à Longueuil. Dans cette présentation, je me suis intéressé à un événement important dans la mémoire québécoise, le "siège" de Québec de 1759.
Plusieurs historiens se sont livrés à une analyse des événements séparant l'arrivée des Britanniques à l'île d'Orléans le 27 juin de la reddition de la ville le 18 septembre, créant ainsi le récit d'un grand "siège" de Québec. Au cours de ma maîtrise, par laquelle je me suis intéressé au modèle de la guerre de siège aux 17e et 18e siècles, et à son application en Amérique, j'ai pu me pencher sur cet événement. Une analyse de celui-ci par l'angle de la guerre de siège m'a permis de déconstruire l'idée selon laquelle les opérations militaires de l'été 1759 à Québec constitueraient un seul et même ensemble, un seul et même "siège". Je vais donc ici vous résumer pourquoi il me semble plus judicieux de parler d'une "campagne" de Québec, constituée de plusieurs "sièges".

Bataille des Plaines d'Abraham, 13 septembre 1759, Hervey Smith, 1797,
Bibliothèque du Ministère de la Défense du Canada

À l'été 1759, le Canada fait face à plusieurs offensives britanniques, touchant l'ensemble du système défensif de la colonie: à l'est, Québec est directement attaquée par l'armée du général James Wolfe; au sud, la frontière du lac Champlain, avec le fort Carillon, est sous la menace de Jeffery Amherst. L'ouest est également concerné, avec les forts Niagara, Machault (actuelle ville de Franklin, Pennsylvanie), ainsi que le fort Lévis (à proximité d'Ogdensburg, État de New York), qui verrouille les rapides du Saint-Laurent à l'ouest de Montréal. Au soir du 16 juillet 1759, ayant tout juste appris que le fort Niagara est assiégé, le marquis de Montcalm fait part dans une lettre de ses impressions à son second, le chevalier de Lévis:
"Je vois le Canada attaqué par six endroits: le Sault de Montmorency, la pointe de Lévis, Carillon, la tête des Rapides, Niagara, le fort Machault".
La remarque n'est pas anodine: plutôt que de nommer Québec, pourquoi Montcalm dissocie-t-il les opérations ayant cours à la Chute Montmorency de celles de la pointe Lévis?

Le 27 juin, les Britanniques arrivent à l'île d'Orléans, et y établissent un premier camp. James Wolfe, commandant de l'armée assiégeante, s'aperçoit que Montcalm a négligé la pointe Lévis, située sur la rive sud du fleuve, juste en face de Québec. Il envoie donc un détachement en prendre possession dans la soirée du 29, et dès le lendemain, les Britanniques commencent la construction de batteries d'artillerie. Celles-ci entrent en action dans la nuit du 12 au 13 juillet (juste après le fiasco du "Royal-Syntaxe"), et bombardent Québec sans relâche jusqu'à la reddition de celle-ci, le 18 septembre.

 Gravure tirée de Théorie nouvelle sur le mécanisme de l'artillerie,
Joseph Dulacq, 1741

Dans son Mémoire sur la défense du fort de Carillon de février 1759, l'ingénieur Desandrouins notait le caractère inhabituel d'un tel bombardement: "il est fort rare qu'on cherche à se rendre maître d'une place par le seul bombardement". Guillaume LeBlond donnait en 1743, dans son Traité de l'attaque des places, la raison du bombardement ordonné par Wolfe à l'été 1759:
"Bombarder une ville, c'est y jetter une quantité de Bombes pour en détruire les maisons & les principaux Edifices. Cette expedition se fait communement lorsqu'on ne peut pas présumer de s'emparer de la Ville par un Siége en forme".
Le plan initial de Wolfe était de débarquer sur la plaine de Beauport, au nord-est de la ville, pour pouvoir mener un siège "en forme", c'est-à-dire en suivant le modèle de siège selon Vauban. Constatant que Montcalm a établi de solides défenses entre les rivières Saint-Charles et Montmorency, il doit abandonner son projet de "s'emparer de la ville par un siège en forme", et choisit dans un premier temps l'option d'un bombardement massif depuis la pointe Lévis.

Vue de l'église Notre-Dame-de-la-Victoire, érigée en souvenir de la levée du siège de 1690,
et détruite en 1759, Richard Short, 1761, Bibliothèque et Archives Canada

En même temps qu'il bombarde Québec, Wolfe entreprend de forcer les défenses de Beauport. Les Britanniques débarquent dans la nuit du 8 au 9 juillet à l'Ange-Gardien, à l'est de la rivière Montmorency, et commencent à construire un camp retranché près de celle-ci. Se trouvant directement en face des positions françaises, situées sur l'autre rive, ils menacent dangereusement l'extrémité des défenses de Québec. Le 10 juillet, voyant les travaux britanniques, le chevalier de Lévis, qui commande dans cette partie, réorganise le camp retranché français, pour pouvoir faire face aux éventuelles attaques ou bombardements des Britanniques établis de l'autre côté de la rivière.
S'ensuit alors pendant tout le mois de juillet une situation voyant les deux camps ennemis adopter des dispositions tant défensives qu'offensives, les deux camps retranchés semblant "s'assiéger" mutuellement. Si les contemporains n'évoquent pas ici un "siège" à proprement parler, on retrouve dans les agissements des Français comme des Britanniques toutes les caractéristiques ou presque d'un véritable siège: reconnaissances, tentatives d'investissement, construction de batteries d'artillerie et bombardement des positions adverses, comme lors des journées des 15 et 16 juillet, qui voient les deux armées s'opposer dans un féroce duel d'artillerie des deux côtés de la rivière.
Montcalm mentionne le 17 juillet l'action de l'ingénieur De Caire, alors chargé des travaux dans cette partie (et qui s'était illustré quelques jours plus tôt dans un duel contre l'ingénieur canadien Chartier de Lotbinière):
"Ce soir M. de Caire, ingénieur, couronne par une sape et des places d'armes le précipice du Sault-Montmorency; ce sont deux à trois cents toises d'ouvrages qui valent bien le couronnement d'un chemin couvert".
Sape, places d'armes, couronnement d'un chemin couvert: Montcalm utilise ici un vocabulaire directement emprunté à l'art des sièges. La similitude avec le modèle de Vauban se retrouve le 29 juillet, lorsque le chevalier de Lévis dépêche 300 hommes avec des vivres pour trois jours, pour aller occuper les arrières du camp britannique et interdire à celui-ci toute communication avec la campagne, reproduisant ainsi le schéma d'un investissement de place.

La bataille livrée près des Chutes Montmorency le 31 serait ainsi une tentative "d'assaut" lancé par les Britanniques pour mettre fin à ce "siège" localisé. Mais la défaite britannique ne signifie pas leur abandon. Le mois d'août voit le "siège" des deux camps se poursuivre, et ce n'est que le 25 que les Britanniques commencent à évacuer leur camp de la rivière Montmorency.

A view of the fall of Montmorenci and the attack made by General Wolfe,
on the French intrenchments near Beauport, with the Grenadiers of the army,
July 31 1759, Hervey Smith, 1768

Un dernier "siège" prend place à la suite de la bataille des Plaines d'Abraham du 13 septembre. Lorsque Wolfe tente et réussit un débarquement en amont de Québec à l’Anse-au-Foulon dans la nuit du 12 au 13 septembre, il réalise ce que Montcalm redoutait depuis le début de la campagne : être en mesure d’assiéger Québec « dans les formes ». S’il y a bataille le 13, c’est parce que Montcalm, tout comme l’ensemble des officiers l’accompagnant, refuse l’éventualité même d’un siège de la ville. Avant même l’arrivée des Britanniques à la fin juin, le plan de défense de la capitale de la colonie excluait toute option permettant à Wolfe d’assiéger directement la ville. La raison principale en est le dénigrement constant dont font preuve les officiers de l’armée française à l’égard des fortifications de Québec.

Malgré le pessimisme ambiant quant à la qualité des fortifications de Québec, celles-ci ont quand même contraint les Britanniques à mener un siège "dans les formes". Dès le soir du 13 septembre, Townshend, ayant succédé à Wolfe tombé sur le champ de bataille, commence les préparatifs d’un siège. Utilisant au mieux la géographie de Québec, il décide, au lieu d’ouvrir des tranchées face aux bastions comme le feront les Français quelques mois plus tard, de se servir des Buttes-à-Neveu comme rempart naturel pour établir son armée. L’essentiel des travaux de siège britanniques entre les 14 et 17 septembre se résume ainsi à la construction de redoutes destinées à protéger les batteries érigées au sommet des buttes. L’artilleur canadien Louis-Thomas Jacau de Fiedmont dirige les tirs de l’artillerie de la ville pour freiner la besogne des travailleurs britanniques, et ainsi espérer les secours des restes de l’armée française. Les efforts de Fiedmont seront cependant insuffisants, et la ville capitule le 18 septembre.

Le « siège » de Québec de 1759, auquel je propose de privilégier le terme de « campagne », voit ainsi trois « sièges » localisés. Le bombardement de la ville depuis la pointe Lévis à partir du 12 juillet constitue un premier « siège » – ou plus exactement une sous-catégorie de siège, pour reprendre la définition de Guillaume LeBlond. Simultanément, le front distinct de la Chute Montmorency voit les deux camps retranchés français et britanniques « s’assiéger » mutuellement, la bataille du 31 juillet faisant figure d’assaut manqué par les Britanniques pour s’emparer de la « place » que représente le camp français. Enfin, le troisième « siège » est la conséquence directe de la défaite de Montcalm sur les plaines d’Abraham le 13 septembre. L’armée française n’ayant réussi à déloger les Britanniques des Plaines, ceux-ci ont tout loisir d’effectuer leurs travaux de siège face aux murs de la ville, entraînant la reddition de celle-ci le 18 septembre.

Voilà pour aujourd'hui (désolé pour la densité et la longueur de l'article, n'hésitez pas à ma poser vos questions en commentaires).


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À bientôt pour de nouveaux billets historiques!
Michel Thévenin

jeudi 6 juin 2019

Duel d'ingénieurs en plein siège de Québec

Bonsoir!

Étant plongé ces jours-ci dans la lecture fascinante du Montcalm, général américain de mon ami Dave Noël (ouvrage que je vous recommande fortement), je suis tombé sur une petite anecdote bien sympathique, que je souhaitais vous partager ici.

Alors que les Britanniques sont arrivés à l'Île d'Orléans le 27 juin et ont commencé leurs travaux de siège, un duel à l'épée oppose au début du mois de juillet deux ingénieurs militaires de l'armée française, le Canadien Michel Chartier de Lotbinière et le Français François de Caire, ingénieur de 28 ans arrivé en Nouvelle-France quelques semaines plus tôt.

Le Journal du siège de Québec attribué à François-Joseph de Vienne nous relate l'incident:
"7 juillet. M. de Lotbinière, cy-devant ingénieur en ce pays, a eu quelques altercations avec M. Decaire ingénieur ordinaire, de façon que les choses sont devenues si sérieuses qu'il fallut déguainer; le premier a reçu un coup d'épée qui lui passe dans l'épaule, mais qui n'est point dangereux; si cet accident lui est arrivé il n'y a point de sa faute d'autant qu'il avoit fait son possible pour ne pas mettre l'épée à la main; on pense qu'il gardera l'hôpital fort tranquillement pendant quelques mois, et sur la fin de la campagne il pourra sortir."
Le témoignage de François-Joseph de Vienne paraît très complaisant vis-à-vis de Lotbinière. De Vienne est certes un Français "canadianisé" (il occupe le poste de garde-magasin du roi à Québec depuis 1756, mais est présent en Nouvelle-France depuis 1738). On ne peut pour autant l'accuser de "favoriser" les membres de sa terre d'adoption. Une entrée dans son journal en date du 4 juin 1759 se veut très critique quant aux talents d'ingénieur de Lotbinière, tout en vantant ceux de son grand rival, le Français Pontleroy. De Vienne rejoint en cela bon nombre d'officiers français, mettant en lumière l'incompétence de l'ingénieur canadien. Bougainville le désigne par exemple sous le sobriquet si sarcastique de "Vauban du Canada"...

J'ignore hélas pour le moment les causes de ce duel. S'agit-il d'une marque de la rivalité entre ingénieurs métropolitains et coloniaux? La réputation de Lotbinière, et son rôle dans la difficile succession de Chaussegros de Léry au poste d'ingénieur en chef de la Nouvelle-France seront-ils parvenus aux oreilles du jeune ingénieur français? J'espère trouver davantage d'éléments concernant ce duel au cours de ma recherche.
Toujours est-il que la mise hors de combat de Lotbinière réduit encore le nombre d'ingénieurs militaires disponibles dans la colonie (même s'il reprendra du service pour la campagne de 1760), experts scientifiques de la guerre dont Bougainville mesurait toute l'importance à la fin de l'année 1758...

Voilà qui clôt ce petit article.
À bientôt pour de nouveaux billets historiques!
Michel Thévenin

Sources: Dave Noël, Montcalm, général américain, Québec, Boréal, 2018; Journal du siège de Québec du 10 mai au 18 septembre 1759, attribué à François-Joseph de Vienne, nouvelle édition remaniée, mise à jour et présentée par Bernard Andrès et Patricia Willemin-Andrès, Québec, Presses de l'Université Laval, 2018.