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jeudi 26 mai 2022

Y avait-il une "rivalité" entre ingénieurs militaires français et canadiens pendant la guerre de Sept Ans?

Bonsoir!


Je souhaite vous présenter aujourd'hui un aspect particulier de l'historiographie de la guerre de Sept Ans, en le rattachant à mon sujet d'études que sont les ingénieurs militaires en Nouvelle-France pendant ce conflit.

Longtemps, une partie de l'historiographie de cette guerre a eu tendance à "polariser" les soldats et officiers combattant en Nouvelle-France entre deux camps, celui des "coloniaux" et celui des "métropolitains", en constante opposition et irréconciliables par nature. Guy Frégault dans les années 1950 s'est fait le champion de cette opposition entre Canadiens et Français, en étendant à l'ensemble des officiers la lutte farouche entre le marquis de Vaudreuil, gouverneur de la Nouvelle-France, et le marquis de Montcalm, commandant des troupes de Terre au Canada. Bien des études sont allées dans cette voie dans la deuxième moitié du XXe siècle (et même encore aujourd'hui), la plupart du temps en présentant des "gentils" Canadiens contre des "méchants" Français, plus rarement dans le sens inverse. Même si plusieurs études récentes ont fortement relativisé cette opposition "essentielle" entre coloniaux et métropolitains, le mythe est encore bien tenace.

Je souhaite donc répondre aujourd'hui répondre à cette question: y avait-il, parmi les ingénieurs militaires servant en Nouvelle-France pendant la guerre de Sept Ans, une rivalité entre métropolitains et coloniaux? Je ne compte pas ici la Louisiane, je me limite au Canada et à l'Île Royale (Louisbourg), entre autres en raison du très faible nombre d'ingénieurs en Louisiane (un ou deux tout au plus pendant la guerre).

Pour commencer, une petite précision numérique s'impose: entre l'envoi en 1755 des premières troupes régulières françaises en Amérique après le déclenchement des hostilités en 1754 et la capitulation de la colonie en 1760, la France a envoyé une dizaine d'ingénieurs militaires au Canada et à Louisbourg. Les ingénieurs nés en Nouvelle-France et servant dans la colonie lors du conflit ne sont pour leur part que 3. Il y a les deux Canadiens Michel Chartier de Lotbinière et Étienne Rocbert de La Morandière (le frère de la célèbre épistolière Élizabeth Bégon), ainsi que Michel de Couagne, né à Louisbourg d'une mère acadienne et d'un père canadien. Ces trois ingénieurs nés en Amérique n'appartiennent pas au prestigieux corps des ingénieurs du Génie, mais sont désignés sous le terme un peu fourre-tout d' "ingénieurs de la Marine (ou des colonies)".


Michel marquis Chartier de Lotbinière, 
Ingénieur en chef du Canada
,
Estampe anonyme du début des années 1880, 
voir BAnQ

Lotbinière est ici présenté comme ingénieur en chef du Canada, ce qu'il n'a justement jamais été.


Comme l'ensemble des officiers nés dans les colonies, ces ingénieurs sont par moments jugés avec condescendance de la part des métropolitains. Louis-Antoine de Bougainville, jeune officier et aide-de-camp de Montcalm, se montre par exemple à bien des reprises très critique envers les Canadiens, même si ses écrits sont à remettre dans leur contexte de production, l'officier écrivant pour "épater" les salons parisiens et donc exagérant lourdement sur à peu près tous les sujets. Le mépris de certains métropolitains pour leurs collègues coloniaux se retrouve également sous la plume d'André Doreil, commissaire des guerres arrivé au Canada avec les premiers régiments réguliers en 1755. Le 28 octobre 1755, il présente dans une lettre au ministre de la Guerre le besoin urgent de remplacer les trois ingénieurs français capturés en mer la même année (voir mon article à ce sujet ici):

"Il sera aussi très nécessaire, Monseigneur, de faire passer le même nombre d'ingénieurs que vous aviez envoyés et qui ont été pris sur l'Alcide. Le besoin est urgent, il n'y a dans cette colonie que des ingénieurs de Marine hors d'état d'attaquer et de défendre des places".

Toutefois, tout au long du conflit, les trois ingénieurs coloniaux connaissent des relations de nature très différentes avec leurs collègues français.

Tout d'abord, Étienne Rocbert de La Morandière est relativement "invisible" dans les sources. En fin de carrière lorsque le conflit débute, il est cantonné à un service de routine aux fortifications de Montréal, et ne participe pas aux différentes expéditions militaires. Rien n'indique de tensions entre lui et les différents ingénieurs français qu'il a côtoyés, et l'une des seules mentions qu'on a le concernant se trouve dans une lettre du 15 mai 1758 écrite par Nicolas Sarrebource de Pontleroy, ingénieur en chef du Canada depuis l'automne 1757: 

"Cet officier s'est toujours acquitté de son mieux de ce dont il a été chargé, a été employé à la construction de différents forts de cette colonie".

 

Le deuxième de nos trois ingénieurs, Michel de Couagne, entretient d'excellentes relations avec les ingénieurs français avec qui il travaille à Louisbourg, et plus particulièrement avec son supérieur Louis Franquet. Les deux hommes se sont connus lors du séjour de Franquet à Québec au début des années 1750, et Franquet vantait dès 1752 les mérites de son jeune subordonné:

"À propos de Monsieur de Couagne, j'aurais à me reprocher si je ne m'étendais pas sur son compte. C'est un jeune homme plein de talents pour son métier, d'intelligence d'application [...] qui ne demande qu'à s'instruire et qu'aucune des opérations n'embarrasse; je l'ai mis en oeuvre, et je l'emploie journellement, à mesure que je travaille avec lui, je suis surpris de toute sa capacité, et toutes ces qualités sont soutenues d'une droiture, et d'une équité qui le rendent un sujet de distinction".

C'est sur les recommandations de Franquet que Michel de Couagne, alors sous-ingénieur, reçoit son brevet d'ingénieur en 1754, et les deux hommes travaillent à nouveau ensemble à partir de cette année à Louisbourg, jusqu'à la chute de la ville en 1758.

Plan de la ville de Louisbourg en l'Isle Royale, par l'ingénieur Louis Franquet, 1756, 
FR ANOM C11B 39/125












Les appréciations élogieuses de Franquet seront bénéfiques pour Michel de Couagne, puisqu'en 1761, l'ingénieur colonial se voit confier la lourde tâche de clarifier les comptes des dépenses des fortifications de l'Île Royale et du Canada, alors que les nombreux abus et malversations financières entourant la perte de la Nouvelle-France nécessitent pour cette besogne un homme de confiance.


À l'opposé de l'excellente relation entre Michel de Couagne et son supérieur Louis Franquet, le dernier ingénieur colonial, le Canadien Michel Chartier de Lotbinière, connaît bien des difficultés avec certains ingénieurs français. Il a une profonde rancoeur envers Pontleroy, qui selon lui lui a "volé" la place d'ingénieur en chef du Canada à la mort de Gaspard-Joseph Chaussegros de Léry en 1756. Lotbinière avait en effet été le candidat proposé par le gouverneur Vaudreuil, qui était son parent, alors que Montcalm et les officiers de l'armée voulaient que ce soit un ingénieur français, issu du corps du Génie, qui succède à Chaussegros de Léry. L'affaire avait traîné un an, et en avril 1757, Pontleroy, alors en poste à Louisbourg, avait été désigné pour le poste (il n'arrive toutefois à Québec qu'en octobre 1757). À plusieurs reprises, Lotbinière prétend que la place lui avait été promise lors de son séjour en France au début des années 1750, mais rien ne permet dans les sources de le confirmer. La nomination de Pontleroy est pour Michel Chartier de Lotbinière une véritable humiliation, et il s'enfonce dans un aveuglement victimaire contre l'ingénieur français (voir mon article ici). Toujours est-il que Lotbinière refuse de collaborer avec son supérieur, Pontleroy, et il s'enferme dans une sorte d'indépendance d'action (plus ou moins favorisée par Vaudreuil) au fort Carillon, au sud du lac Champlain, fort qu'il a contribué à édifier à partir de 1755 et qui devient en quelque sorte son fief.

Plan du fort Vaudreuil situé sur la montagne de Carillon en Canada, 
par le Sieur Germain, capitaine au Régiment de La Reine
, 1758,
Bibliothèque Nationale de France


La rivalité entre Pontleroy et Lotbinière s'inscrit pleinement dans la querelle opposant les marquis de Vaudreuil et de Montcalm. Le gouverneur et le commandant des troupes de Terre s'étaient engagés dans une lutte d'influence et d'autorité dans la colonie, et la nomination d'un officier issu de leur "parti" au poste important d'ingénieur en chef constituait un terrain d'opposition naturel entre eux. La nomination de Pontleroy, "victoire" de Montcalm contre Vaudreuil, ne pouvait donc qu'amener des tensions entre le nouvel ingénieur en chef du Canada et le candidat perdant qui appartenait à la clientèle du gouverneur. Le rapprochement entre Montcalm et Pontleroy dès son arrivée à Québec (les deux hommes avaient combattu ensemble en Italie dans la décennie 1740) ne pouvait qu'attiser ces tensions.

Tout ou presque devient alors prétexte pour exacerber la rivalité entre Lotbinière (et Vaudreuil) et Pontleroy, comme lorsque celui-ci, dans une lettre du 1er décembre 1758 au ministre de la Marine, reproche implicitement au gouverneur de nuire à sa fonction en lui refusant l'usage d'instruments nécessaires à son métier:

"L'usage est ici que l'on passe un porte toises à chaque ingénieur, M. de La Morandière ingénieur de la colonie l'a, je ne sais si M. de Lotbinière en jouit aussi, et on me l'a refusé".

Pontleroy n'est toutefois pas le seul ingénieur qui s'oppose à Lotbinière. François de Caire, jeune ingénieur français arrivé à Québec au printemps 1759, s'illustre au début du mois de juillet de la même année en blessant grièvement Michel Chartier de Lotbinière lors d'un duel à l'épée. On ne sait hélas rien des circonstances du duel, ni des raisons qui ont poussé les deux ingénieurs à tirer l'épée (querelle personnelle? Désaccord professionnel? Réputation déplorable de Lotbinière attisée par Pontleroy ou un autre? Rien ne permet hélas dans les sources de privilégier l'une de ces hypothèses).


On voit donc que les trois ingénieurs militaires nés dans en Nouvelle-France et servant dans la colonie lors de la guerre de Sept Ans présentent des cas bien différents. Si Étienne Rocbert de La Morandière est assez invisible, Michel de Couagne coopère sans difficultés avec ses collègues métropolitains, à l'inverse de Michel Chartier de Lotbinière.

On ne peut donc pas parler d'une réelle "rivalité" entre ingénieurs militaires coloniaux et métropolitains. Les tensions entre le Canadien Lotbinière et le Français Pontleroy s'inscrivent pleinement dans la lutte d'influence opposant Vaudreuil et Montcalm, et la relation entre Michel de Couagne et son supérieur Louis Franquet montre la bonne entente dont sont capables les individus appartenant aux deux "camps" présentés par une partie très dépassée de l'historiographie de la guerre de Sept Ans...


J'espère que cet article vous aura plu. Si c'est le cas, merci de m'en faire part en commentaire, c'est une marque appréciée d'encouragement.

À bientôt pour de nouveaux billets historiques!

Michel Thévenin


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Sources:

- Lettre de Doreil au ministre de la Guerre, 28 octobre 1755, Service historique de la Défense (SHD) GR A1 3405, pièce 142bis, folios 9-10.

- Lettre de Pontleroy au ministre de la Marine, 15 mai 1758, Archives Nationales d'Outre-Mer (FR ANOM) COL C11A 103, folio 398v.

- Lettre de Franquet au ministre de la Marine, 30 octobre 1752, FR ANOM COL C11A 98, folio 409.

- Lettre de Pontleroy au ministre de la Marine, 1er décembre 1758, FR ANOM COL C11A 103, folios 406-406v.

lundi 14 juin 2021

"réduit à être l'ingénieur ordinaire de Québec", ou le désarroi de Pontleroy

Bonjour!

Cet article est une suite directe à mon dernier article de la semaine passée, au sujet du débat ayant eu lieu en Nouvelle-France pendant la guerre de Sept Ans quant à la pertinence d'une réunion des ingénieurs militaires et des artilleurs au sein d'un même corps, comme c'était le cas en France (voir mon article ici).

Le marquis de Vaudreuil, gouverneur-général de la Nouvelle-France, se plaignait en effet dans une lettre du 28 octobre 1757 au ministre de la Marine que le marquis de Montcalm, commandant des troupes de Terre servant dans la colonie, envisageait de réunir les artilleurs et les ingénieurs militaires en poste au Canada dans un seul et même corps, qui serait placé sous l'autorité de Nicolas Sarrebource de Pontleroy. Celui-ci, ingénieur d'expérience, venait d'arriver à Québec pour occuper le poste d'ingénieur en chef de la Nouvelle-France, après avoir servi pendant deux ans à Louisbourg, sur l'Île Royale.

Il m'est impossible pour le moment d'établir avec certitude si cette idée d'une réunion des ingénieurs et des artilleurs émane directement de Montcalm ou non, mais Pontleroy lui-même l'évoquait déjà dans une lettre adressée au ministre de la Marine le 26 octobre 1757, soit deux jours avant que Vaudreuil ne s'en plaigne:

"L'on m'a fait pressentir, Monseigneur, que je ne suis destiné icy que pour le service des places et non pour servir à la guerre, j'en ay fait mes representations à M. le mqs de Vaudreüil qui ne m'a donné aucunne réponse positive; je sçais que M. le mqs de Montcalm me demandera avec instance lorsqu'il s'agira de faire des siéges (d'autant que je suis le seul officier détaché du Corps Royal qui ait fait la guerre en qualité d'Ingénieur) mais il crain qu'on ne lui fasse des difficultes. Il seroit douloureux pour moi que je visse mes camarades s'exposer à chaque instant, tandy que je serois tranquille dans une place, et j'ay l'honneur de vous prier de me donner vos ordres à ce sujet. Je ne vous demande, Monseigneur, de servir à l'armée qu'autant que j'y serai nécessaire soit pour placer des forts ou faire des siéges; le service des places n'en souffrira pas si vous voulés bien donner vos ordres pour que les officiers du Corps royal détachés dans cette colonie servent comme en France pour l'artillerie et le génie, ils sont tous remplis de bonne volonté et de zèle, et ne feront sûrement point de difficulté de servir sous moi me trouvant le plus ancien, ils m'ont même priés d'avoir l'honneur de vous en ecrire, particulierement le Sr. de Montbeillard Cpne dont j'accepterai les services en attendant vôtre décision".
FR ANOM COL C11E 10/fol.210

Notons brièvement que Pontleroy n'est pas "le seul officier détaché du Corps Royal qui ait fait la guerre en qualité d'Ingénieur", puisqu'un autre ingénieur, Jean-Nicolas Desandrouins, a déjà participé à deux sièges en Amérique, ceux de Chouaguen en 1756 (voir mon article ici) et de William Henry en 1757.  La suggestion de Pontleroy d'une réunion des ingénieurs et des artilleurs n'est pas anodine. Au-delà des allures presque pathétiques de son discours (la volonté de partager les peines et les dangers des campagnes auprès de ses collègues), c'est la carrière même de l'ingénieur qui est en jeu ici. En effet, le désespoir de Pontleroy à l'idée d'être cantonné au "service des places" renvoie à la double nature des fonctions de l'ingénieur militaire, et au débat entraîné par celle-ci au sein de l'armée française (et même directement au sein du corps des ingénieurs). J'ai déjà évoqué cette question dans un autre article, disponible ici. Même si la tâche première des ingénieurs était d'attaquer et de défendre les places, Vauban, le plus fameux des ingénieurs de Louis XIV, avait donné à la fin du XVIIe siècle une hiérarchie, au moins morale, des fonctions de l'ingénieur militaire. Aux ingénieurs "de place", capables d'ériger des fortifications après un apprentissage long et difficile, il opposait ainsi les ingénieurs "de tranchée" chargés de mener les sièges et dont l'expérience pouvait s'acquérir plus rapidement, sur le terrain. La primauté de l'art de fortifier les places sur celui de les attaquer se faisait ressentir directement dans l'appellation du corps des ingénieurs, qui appartenaient au Département des Fortifications, sorte de quasi-ministère indépendant créé en 1691.

Toutefois, cette situation évolue progressivement au cours du XVIIIe siècle, surtout après le rattachement du Département des Fortifications au Secrétariat d'État à la Guerre en 1743. Les ingénieurs cherchant de plus en plus à être intégrés à l'armée en se militarisant (en adoptant par exemple un uniforme en 1732, plusieurs fois modifié jusqu'à la fin du siècle), le prestige de la fonction d'ingénieur militaire est de plus en plus lié à sa capacité à servir "à la guerre", c'est-à-dire de participer à des sièges ou à ériger des fortifications de campagne (même si les fortifications des places gardent toute leur importance). Surtout, ce sont ces "services de guerre" qui permettent l'avancement au sein de l'armée française, sans considération pour les services "de place". Pontleroy est donc pleinement conscient qu'une affectation au seul service des places en Nouvelle-France, alors que le conflit en Amérique fait appel de manière inédite à la guerre de siège, compromettrait fortement la suite de sa carrière. Sa crainte est d'autant plus justifiée que si son statut d'ingénieur en chef de la Nouvelle-France renvoie strictement au service "de place", Pontleroy possède également le grade de sous-brigadier d'ingénieurs, qui lui confère le commandement des autres ingénieurs militaires présents au Canada dans le cadre des services "de guerre".

Une autre lettre de Pontleroy, datée du 26 juillet 1758, montre que selon lui, le marquis de Vaudreuil aurait tenté de l'empêcher de participer à la campagne du lac Champlain de 1758:

"Je dois aux pressantes et redoublées solicitations de M. le mqis de Montcalm auprez de M. le mqis de Vaudreüil, et a la bonne opinion qu'il a bien voulu avoir de mes faibles talents, d'avoir fait la campagne et de n'avoir pas eté reduit a être l'ingenieur ordinaire de Quebec employez aux entretiens des cazernes au lieu d'etre en chef dans le Canada; cela m'a permis d'avoir quelque part a la journee du 8 par le tracé des abbatis derriere lequel les troupes ont combattus contre l'armée angloise".

FR ANOM COL C11A 103/fol.399

La situation du Canada au printemps 1758 est pourtant délicate: les succès de 1757 (au premier rang desquels le siège victorieux du fort William Henry) n'ont pas pu être pleinement exploités en raison de la disette qui a frappé le Canada, et les premiers renseignements font état de lourds préparatifs britanniques en vue d'une offensive sur plusieurs fronts. En effet, après avoir échoué à prendre la puissante forteresse de Louisbourg en 1757, les Britanniques préparent à nouveau une expédition pour s'emparer de l'Île Royale. Mais dans le même temps, ils mettent sur pied un plan d'invasion du Canada en remontant le couloir du lac Champlain et de la rivière Richelieu, de manière à frapper au coeur de la colonie. La présence sur le front du lac Champlain d'un ingénieur expérimenté comme Pontleroy (qui est ingénieur depuis 1736 et a participé à de nombreux sièges pendant la guerre de Succession d'Autriche dans la décennie 1740) serait assurément bénéfique pour les défenses françaises.

J'ai deux hypothèses principales (qui ne s'excluent d'ailleurs pas) à propos des réticences initiales de Vaudreuil de laisser Pontleroy accompagner Montcalm sur le lac Champlain.

Cela fait partie de l'aveuglement dont fait preuve le gouverneur de la Nouvelle-France au sujet des intentions des Britanniques. Vaudreuil était fermement convaincu qu'ils étaient incapables de préparer une offensive multiple, et pensait donc qu'après leur échec devant Louisbourg en 1757, la forteresse de l'Île Royale serait à nouveau leur principal, et même leur seul objectif. Malgré les rapports de plus en plus insistants au sujet des préparatifs britanniques en vue d'une invasion par le lac Champlain, ce n'est qu'au mois de juin que Vaudreuil prend conscience de la menace. Il pourrait donc ne pas lui sembler utile au printemps de se priver à Québec, ville dont les fortifications sont constamment en travaux, de l'ingénieur en chef du Canada pour une campagne dans une région qu'il pense assez calme.

Cet épisode peut aussi être une conséquence de la rivalité que Vaudreuil entretient avec Montcalm. Avant m son arrivée au Canada, Pontleroy avait été impliqué dans cette lutte personnelle. À la mort de Gaspard-Joseph Chaussegros de Léry, ingénieur en chef de la Nouvelle-France, en mars 1756, Vaudreuil avait aussitôt proposé la candidature de l'ingénieur canadien Michel Chartier de Lotbinière, gendre du défunt et parent du gouverneur, pour lui succéder. Montcalm et les officiers des troupes de Terre avaient de leur côté demandé qu'un ingénieur militaire métropolitain soit envoyé au Canada à cet effet. Après un an de débats, la Cour de Versailles avait donné raison à Montcalm, et Pontleroy avait été nommé sur les recommandations de son supérieur à Louisbourg, Louis-Joseph Franquet. Ainsi, Pontleroy était vu par Vaudreuil comme ayant privé Lotbinière d'une charge importante, en plus d'être le candidat des troupes de Terre, et donc de Montcalm. Or, la campagne à venir sur le lac Champlain impliquait le fort Carillon, qui était en quelque sorte devenu le "fief" de Lotbinière... Celui-ci, protestant contre ce qu'il considérait l'usurpation de la charge d'ingénieur en chef qu'il pensait hériter de son beau-père (et plus ou moins appuyé par Vaudreuil), avait refusé l'autorité de Pontleroy. Il n'est donc pas impensable de croire que Vaudreuil a voulu faire d'une pierre deux coups, en privant Montcalm des compétences de Pontleroy, tout en permettant à son protégé Lotbinière de conserver un certain poids à Carillon pour la campagne à venir, malgré la présence à ses côtés d'un autre ingénieur, Desandrouins...


Toujours est-il que Pontleroy a en fin de compte pu participer à la campagne du lac Champlain de l'été 1758, contribuant brillamment à l'éclatante victoire de Carillon du 8 juillet en assurant avec Desandrouins (sans que Lotbinière ne semble être impliqué) le tracé des retranchements sur lesquels s'est brisée l'offensive britannique.

Plan du Fort Carillon et du Camp retranchée pour s'opposer à l'attaque des Anglais avec l'ordre des Colonnes à l'action du 8 juillet 1758, FR ANOM F3/290/101














À bientôt pour de nouveaux billets historiques!

Michel Thévenin


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jeudi 10 juin 2021

Montcalm, Vaudreuil et la réunion des ingénieurs militaires et des artilleurs au Canada pendant la guerre de Sept Ans

Bonsoir!

J'avais présenté dans un autre article il y a quelques temps déjà la proximité entre les ingénieurs militaires et les artilleurs au XVIIIe siècle, ces deux groupes appartenant aux armes dites "savantes" (voir l'article en question ici).

Une ordonnance royale de Louis XV, datée du 8 décembre 1755, réunissait même les ingénieurs militaires et les artilleurs français en un seul Corps royal de l'Artillerie et du Génie, afin de faciliter la coopération entre ces deux corps techniques de l'armée française, notamment lors des sièges.


Ordonnance du Roi, pour unir l'Artillerie avec le Génie,
8 décembre 1755


Travaillant dans le cadre de ma thèse de doctorat sur les ingénieurs militaires français en Nouvelle-France pendant la guerre de Sept Ans (1756-1763), je me suis donc posé la question suivante: cette réunion des ingénieurs et artilleurs en un seul corps a-t-elle été appliquée au Canada? Les sources montrent que la question s'est posée au cours du conflit.

Le marquis de Vaudreuil, gouverneur-général de la Nouvelle-France, aborde le sujet dans une lettre qu'il adresse le 28 octobre 1757 au ministre de la Marine et des Colonies. Alors que le Canada vient d'accueillir un nouvel ingénieur en chef en la personne de Nicolas Sarrebource de Pontleroy (qui servait alors à Louisbourg, sur l'Île Royale, depuis l'été 1755), Vaudreuil se plaint que le marquis de Montcalm, commandant des troupes de Terre en Nouvelle-France, souhaite "s'approprier" le nouvel ingénieur, et qu'il envisage même une réunion de l'artillerie et du génie au sein de la colonie:

"M. de Pontleroy ingenieur en chef de Quebec est arrivé depuis quelques jours. M. le marquis de Montcalm ne l'a point abandonné depuis ce tems, ainsy que les officiers du Corps Royal. Il m'est revenu que comme il est de ce corps et quil seroit l'ancien du genie et de l'artillerie, M. le Mqis de Montcalm doit demander quil ait inspection sur ces deux corps, et quils soient reunis dans cette colonie, ainsy quils le sont en France, cet ordre de Sa Majesté ne nous ayant pas ete adressé, il n'est pas douteux que vous avez prévu, Monseigneur, combien cette reunion seroit nuisible à la colonie sur tout dans un tems de guerre, ou chaqun est assés occupé de sa partie, sans vouloir s'en charger d'une qui doit etre étrangere à celuy des deux corps à qui l'anciennenté du service confieroit les deux details. C'est dans cette vüe, Monseigneur, que j'ay l'honneur de vous prevenir du dessein de M. le Mqis de Montcalm, et de vous supplier de vouloir bien vous y opposer".


FR ANOM COL C11A 102/fol.125v-126


Même si le propos de Vaudreuil est bien loin d'être anodin (il craint qu'en réunissant les deux corps sous l'autorité d'un même officier, ici Pontleroy, ces deux parties de la guerre passeraient sous le contrôle direct de Montcalm, avec qui il entretient des relations houleuses), l'argument qu'il avance d'une différence trop prononcée entre le métier d'ingénieur militaire et celui d'artilleur est tout à fait juste. Le chevalier Le Mercier, commandant l'artillerie au Canada, secondait le gouverneur dans une lettre au ministre de la Marine datée du 30 octobre 1757:

"quoy que je me voÿe un des officiers de ce Corps qui ait le plus de connoissance des fortifications je vous avouray sincerement que je ferois un trop mauvais ingenieur pour vouloir me charger de cette partie" (FR ANOM COL E276/fol.130)

Surtout, c'est précisément cet argument, partagé par bon nombre d'ingénieurs militaires et d'artilleurs en France, qui amène Louis XV, par une ordonnance du 5 mai 1758, à séparer à nouveau le Génie et l'Artillerie, consacrant l'échec total de leur union de 1755. Celle-ci avait en effet exacerbé la concurrence entre les deux corps techniques de l'armée, et était perçue comme trop déséquilibrée en faveur des artilleurs (qui bénéficiaient d'un meilleur accès à l'avancement au sein de l'armée par rapport aux ingénieurs, qui avaient dû pour leur part renoncer à leur uniforme distinctif pour adopter celui de l'artillerie).

Le 10 février 1758, soit quelques mois à peine avant la séparation du Génie et de l'Artillerie, le ministre de la Marine (Peyrenc de Moras) répond à Vaudreuil, abondant dans le sens du gouverneur de la Nouvelle-France et condamnant l'idée de Montcalm de réunir les deux corps (il adresse une lettre à ce sujet à Montcalm le même jour):

"Cette reunion n'est point praticable. Les services de l'un et de l'autre sont totalement distincts et séparés, non seulement en Canada, mais même dans toutes les Colonies. Ce seroit bouleverser entierement la constitution du service que d'admettre cette reunion, et l'intention de Sa M.[ajesté] est qu'on n'apporte aucun changement dans les anciens principes, ni dans les usages, a moins que les abus n'en soient demontrés et alors on y pourvoiroit. Lorsque Sa Majesté s'est determinée a faire passer en Canada des Ingenieurs et des officiers d'artillerie qui servoient en France, elle n'a point entendu que l'exercice de leurs fonctions respectives dut occasionner aucune innovation dans le service du pays"

FR ANOM COL B 107/fol.271


Moras termine sa lettre en écrivant que c'est en concertation avec le marquis de Paulmy, ministre de la Guerre, qu'il clarifie la situation sur cette question. Une trace de cette concertation existe sous la forme d'une lettre envoyée le 23 février 1758 par le ministre de la Guerre à son confrère de la Marine. S'il reconnaît l'erreur de jugement de Montcalm, Paulmy prend toutefois sa défense, en exposant que Montcalm pouvait légitimement penser que l'ordonnance réunissant à la fin de l'année 1755 les deux corps en France pouvait également être valide au Canada:

"J'ignore quelles raisons particulieres pourroient avoir déterminé M. de Montcalm à exiger que ces officiers suivent en Canada pour leur service l'arrangement qui a été fait en France pour la réünion de l'artillerie et du génie [...] mais je ne peux me dispenser de convenir que si le Roy aïant jugé à propos de rendre une ordonnance qui réünit en un seul corps les trois corps anciens de l'artillerie, de Roïal artillerie, et du génie, M. de Montcalm ne pouvoit pas se dispenser d'exiger que dans l'étendüe de son commandement le service à faire par les officiers de ces trois corps ne dût être fait conformément à cette même ordonnance".



FR ANOM COL C11A 103/fol.428-428v


Paulmy poursuit en exposant clairement le "partage" de l'autorité sur les ingénieurs et artilleurs entre Vaudreuil et Montcalm:

"Tant que les officiers de l'un et de l'autre corps sont de residence dans une place, ils sont sans contredit aux ordres du Gouverneur Général et même des Gouverneurs particuliers, qui peuvent suivant la connoissance qu'ils ont des talens de chaque officier en particulier l'emploier à la partie du service à laquelle il est le plus propre, mais s'il est question d'envoïer ces officiers à la guerre, ils se trouvent alors aux ordres de M. de Montcalm, et obligés d'exécuter tout ce qu'il peut leur ordonner concernant le service. Vous voïés par ce détail qu'il ne resulte aucune innovation dans le service de l'artillerie et du génie du païs".



FR ANOM COL C11A 103/fol.428v-429


Il est intéressant de voir que cette répartition des responsabilités entre service "de place" et service "de guerre" reprend le clivage entre ingénieurs "de place" et "de tranchée", très présent à la fin du XVIIe siècle, et dont les ingénieurs militaires français avaient cherché (et partiellement réussi) à se détacher au cours de la première moitié du XVIIIe siècle (voir mon article à ce sujet ici).

Je termine cet article en évoquant que dans la lettre adressée à Montcalm le 10 février 1758, dans laquelle il donne raison à Vaudreuil, le ministre de la Marine termine son propos par une allusion des plus intéressantes:

"La reunion en France de l'artillerie et du genie n'a pas encore produis de grands avantages et c'est une question trop problématique et encore trop controversée pour s'occuper déjà de prendre en Canada un arrangemen si contraire a la constitution actuelle du service dans la Colonie".

FR ANOM COL B 107/fol.272v












Si le ministre de la Marine constate d'un oeil extérieur, plus de deux ans après la réunion du Génie et de l'Artillerie en décembre 1755, que la mesure ne donne pas grande satisfaction, il n'est pas étonnant de constater que l'expérience prend fin seulement trois mois plus tard...

Ces documents ne sont pas qu'une preuve de plus des rivalités personnelles entre Montcalm et Vaudreuil, qui trouveraient dans l'organisation des ingénieurs militaires et des artilleurs un autre lieu d'expression. En effet, Montcalm, répondant principalement au ministre de la Guerre, a cru possible d'intégrer au service colonial des ordonnances concernant l'armée régulière au sein du royaume, ce qui, comme on l'a vu, est un argument compréhensible selon le marquis de Paulmy. De son côté, Vaudreuil, gouverneur colonial, reçoit ses instructions du ministre de la Marine, et défend farouchement ses prérogatives militaires contre les empiètements du commandant des troupes de Terre. Cet épisode illustre ainsi à mon sens la difficulté en termes de communication qu'entraîne la présence dans la colonie, inédite depuis l'envoi du régiment de Carignan-Salières dans la décennie 1660, d'un corps de troupes appartenant à l'armée régulière, et la nécessaire (quoique parfois difficile) coopération entre les secrétariats d'État à la Guerre et à la Marine.

À bientôt pour de nouveaux billets historiques!

Michel Thévenin


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dimanche 1 mars 2020

Le fort Carillon a-t-il été abandonné trop rapidement par les Français en 1759?

Bonjour!
Je vous reviens après une longue période d'absence, avec un article fourni (pour me faire pardonner).

Le 26 juillet 1759, Louis-Philippe Le Dossu d'Hébécourt, défendant à la tête d'une poignée d'hommes le fort Carillon, sur le lac Champlain (actuelle ville de Ticonderoga, État de New York), évacue le fort et le fait exploser, après un siège de 5 jours mené par les 11 000 Britanniques de Jeffery Amherst.

Le fort Carillon actuellement (photo de Joseph Gagné, 2016)




L'événement était anticipé de longue date par les autorités militaires de la Nouvelle-France: la victoire inespérée remportée au même fort Carillon en 1758 avait certes sauvé la colonie d'une invasion par le couloir du lac Champlain, mais la chute des forts Duquesne, Frontenac et surtout de la forteresse de Louisbourg la même année avait dangereusement fragilisé le système défensif français. Au moment d'établir leur plan de campagne pour l'année 1759, le marquis de Vaudreuil (gouverneur de la Nouvelle-France) et le marquis de Montcalm (commandant des troupes de Terre) s'attendaient à une nouvelle offensive en force des Britanniques sur le lac Champlain, pensant une attaque directe sur Québec moins envisageable.

La défense du lac Champlain fut donc confiée à François-Charles de Bourlamaque, le troisième officier en importance dans l'armée (après Montcalm et son second, le chevalier de Lévis). À la tête d'une force de 3 500 hommes, il a pour mission de retarder autant que possible l'avancée des Britanniques. Ses instructions sont claires: il a la liberté de juger de la situation et d'abandonner les deux forts de Carillon et Saint-Frédéric (actuelle Crown Point, État de New York) s'il pense ne pouvoir y opposer une résistance efficace, mais il doit trouver un poste plus aisément défendable et s'y tenir avec la plus grande fermeté. Bourlamaque porte son choix sur l'Île-aux-Noix, à la jonction entre le lac Champlain et la rivière Richelieu, et y établit des fortifications capables d'arrêter les Britanniques jusqu'à la fin de la campagne. Une lettre de Montcalm à ce sujet est très révélatrice:
"Votre besogne, comme vous dites très bien, différente de la mienne, n'est pas de battre, mais de n'être pas battu; ajoutez-y que votre grande besogne, qui vous couvrira de gloire, sera de retarder par des démonstrations le plus que vous pourrez, l'ennemi, et l'obliger toujours à faire de grandes démonstrations pour vous attaquer; ainsi, ne négligez pas les travaux inutiles qui souvent en imposent, et ne vous retirez que pied à pied, et le plus tard que vous pourrez, à votre Île-aux-Noix, puisque ce sera là le dernier point de défense pour votre frontière, et où il faudra vaincre ou périr".
Le fort Carillon n'avait donc pas vocation à subir en 1759 un siège prolongé. Pourtant, une lettre de Bourlamaque du 10 août au marquis de Vaudreuil nous montre que le gouverneur a reproché à l'officier l'abandon trop rapide de Carillon:
"J'ai l'honneur de répondre à la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 6 de ce mois. Vous me mandez qu'il auroit été bien à souhaiter que M. d'Hébécourt eût pu soutenir encore une quinzaine de jours, ce délai pouvant produire un excellent effet dans la saison où nous sommes".
Bourlamaque se défend en rappelant à Vaudreuil qu'il n'a fait qu'appliquer ses ordres:
"Cela est vrai, Monsieur, et peut-être le fort de Carillon, quoique avec une garnison de moitié trop foible, eût pu se défendre quinze jours, si votre instruction du 20 mai, dont vos affaires ne vous ont pas sans doute permis de vous rappeler la teneur, ne me prescrivoit de faire évacuer lorsque l'ennemi auroit établi des batteries pour battre le fort. L'ordre que j'ai donné à M. D'Hébécourt étoit copié mot à mot sur votre instruction, et je pense qu'il n'a pu mieux faire que de s'y conformer".
Les reproches adressés à la garnison du fort Carillon pour une défense jugée insuffisante sont loin d'être un cas isolé au cours de la guerre de Sept Ans en Amérique du Nord. Dès 1755, le fort Beauséjour, en Acadie, s'était rendu de manière rapide et son commandant, Vergor, fut même jugé en conseil de guerre (et acquitté) pour cela. Le cas le plus célèbre est celui de Jean-Baptiste-Nicolas-Roch de Ramezay, fortement critiqué pour avoir capitulé à Québec quelques jours après la défaite des Plaines d'Abraham...

Ces exemples me permettent de soulever une question: comment définir une résistance "acceptable" d'une garnison? La réponse est loin d'être facile, et surtout, elle varie entre les 17e et 18e siècles. Je vous propose ici quelques éléments de réponse.

Dans la première moitié du 17e siècle, en France, alors que la guerre de siège n'a pas encore connu les avancées considérables apportées par Vauban quelques décennies plus tard (voir ici), et que le système de fortifications n'a pas encore atteint toute sa complexité, les ordonnances royales préconisent aux gouverneurs de place de ne pas capituler avant d'avoir repoussé au moins trois assauts, ce qui certes montrait une certaine ténacité, mais n'était pas non plus complètement impossible.

L'ingénieur Antoine de Ville se montre lui bien plus extrême dans son traité De la charge des gouverneurs de place, publié en 1639. L'introduction de son chapitre "Des capitulations & redditions des places" est très éloquente:
"J'avois résolu de ne mettre point ce Chapitre, pour faire entendre aux Gouverneurs qu'ils ne doivent jamais capitule, & que c'est celuy auquel ils doivent moins estudier ou sçavoir: toutefois parce qu'il peut arriver qu'après une raisonnable résistance, le Prince veut qu'on rende la place pour plusieurs considérations qu'il peut avoir; & parce qu'à la fin le lieu & la terre manque pour se retrancher, ou qu'on n'a plus de soldats pour se deffendre, ou des munitions pour tirer, ou des vivres pour se nourrir, on est contraint de capituler"



Conditions particulièrement extrêmes pour "excuser" la reddition...

Toutefois, l'historien Paul Vo-Ha (voir bibliographie plus bas) nous rappelle que de telles mesures sont celles ayant cours dans la littérature normative, et que dans la pratique, "la norme veut plutôt qu’on rende une place après une défense raisonnable, c’est-à-dire dès qu’une brèche praticable est ouverte dans l’enceinte de la place, qui permettrait à l’ennemi de lancer l’assaut".

À la fin du 17e siècle et au début du 18e, avec les progrès apportés à l'attaque des places par Vauban, les contemporains sont conscients qu'il devient extrêmement rarissime de repousser plusieurs assauts.  De plus, la méthode élaborée par Vauban est si efficace qu'une place assiégée n'a que peu de chances de résister victorieusement, le succès de sa défense étant principalement lié à l'arrivée de secours externes. La norme théorique est donc de résister jusqu'à ce que l'assiégeant puisse établir une brèche praticable et ainsi lancer l'assaut, ce qui selon Vauban correspond à une durée de 48 jours.

Au 18e siècle, la fortification ne connaît pas de formidables avancées, au contraire du savoir des artilleurs et des ingénieurs militaires, ce qui entraîne une très nette accélération de la guerre de siège (la moyenne de ceux-ci chute considérablement lors de la guerre de Succession d'Autriche, voir ici mon article à ce sujet). Si la condition classique de la présence d'une brèche praticable est toujours d'actualité, celle-ci intervient bien plus rapidement que quelques décennies auparavant. Dans ce contexte, rares sont les sièges se prolongeant au-delà de deux ou trois semaines (voir par exemple mes articles sur le siège de Minorque de 1756 ou celui de Berg-op-Zoom de 1747).

Pour revenir au fort Carillon, j'avais déjà exposé dans un autre article (voir ici) l'opinion très négative des officiers métropolitains quant aux capacités de défense des forts français en Nouvelle-France, y compris Carillon. Pourtant, dans son journal de campagne, le chevalier de La Pause jugeait ce dernier capable de tenir entre vingt et trente jours, ce qui semble très optimiste. Dans la suite de sa lettre à Vaudreuil, Bourlamaque se veut plus réaliste, tout en insistant sur le fait qu'il a respecté les ordres du gouverneur:
"Je vous supplie même de vous rappeler que j'eus l'honneur de vous mander que le fort de Carillon pourroit arrêter les Angloirs douze jours. Vous me répondîtes, par une lettre datée du 1er juin, que je devois me conformer à votre instruction du 20 mai, et que vous aimiez mieux sauver la garnison que de gagner quelques jours. Avec des ordres si précis, Monsieur, je me flatte que personne ne pourra rien imputer à M. d'Hébécourt ni à moi sur l'évacuation de Carillon".
Bourlamaque soulève ici un point intéressant: il était préférable de "sauver la garnison que de gagner quelques jours". Les officiers français étaient en effet conscients du risque de voir la garnison de Carillon être faite prisonnière par les Britanniques, le sort réservé à la garnison de Louisbourg en 1758 ayant considérablement marqué les esprits (voir mon article ici). Au vu du déséquilibre numérique largement en faveur des Britanniques en Amérique, il était donc nécessaire pour les Français de préserver un maximum d'effectifs, au détriment d'une résistance prolongée à Carillon.

Détail d'un plan du fort Carillon, publié en 1789 à Francfort
(le plan complet est disponible ici)
Voilà qui clôt cet article pour aujourd'hui.
À bientôt pour de nouveaux billets historiques!
Michel Thévenin

Sources:
- Paul Vo-Ha, "Trahir le Prince: la reddition de Naerden (1673)", dans Florence Piat et Laurey Braguier-Gouverneur, Normes et transgressions dans l’Europe de la première modernité, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2013, p. 159-170.
- Paul Vo-Ha, Rendre les armes. Le sort des vaincus, XVIe-XVIIe siècles, Ceyzérieu, Champ Vallon, 2017.
- Dave Noël, Montcalm, général américain, Québec, Boréal, 2018.
- Lettre de Bourlamaque au marquis de Vaudreuil du 10 août 1759, dans Henri-Raymond Casgrain, Lettres de M. de Bourlamaque au chevalier de Lévis, Québec, Imprimerie de L. J. Demers & Frère, 1891, p. 24-27.
- Lettre de Montcalm à Bourlamaque du 4 juin 1759, dans Henri-Raymond Casgrain, Lettres de M. de Bourlamaque au chevalier de Lévis, Québec, Imprimerie de L. J. Demers & Frère, 1891, p. 324-325.
- Charles de Plantavit de Margon, Chevalier de La Pause, Mémoire et observations sur mon voyage en Canada (1755-1760), dans Rapport de l’Archiviste de la Province de Québec pour l’année 1931-32, Québec, 1932, p. 3-125.

jeudi 9 janvier 2020

Bougainville et la "don Quichotterie" du marquis de Vaudreuil

Bonsoir!

Pour vous souhaiter une bonne année 2020, je vous reviens avec une petite drôlerie issue des écrits de Bougainville.

Je vous avais présenté précédemment les opinions assez péjoratives de Bougainville sur Monsieur de Rigaud, frère du gouverneur général de la Nouvelle-France, le marquis de Vaudreuil (voir mon article ici).

Pierre de Rigaud de Vaudreuil de Cavagnial, marquis de Vaudreuil (1698-1778),
Portrait attribué à Donat Nonotte, vers 1753-1755, Bibliothèque et Archives Canada

Le jeune et bouillant officier français ne s'est pas privé pour mettre également par écrit quelques remarques cinglantes envers le gouverneur de la colonie. Un exemple est donné lors de la campagne de l'été 1758.

Au début de l'année 1758, le marquis de Vaudreuil compte planifier une campagne similaire à celle de l'année précédente. En 1757, il avait en effet profité de l'expédition britannique contre la forteresse de Louisbourg (sur l'actuelle Île du Cap-Breton, Nouvelle-Écosse), qui avait mobilisé la majeure partie de leurs troupes disponibles en Amérique du Nord (et qui s'était soldée par un échec), pour envoyer le marquis de Montcalm assiéger victorieusement le fort William Henry, sur la rive sud du lac Saint-Sacrement (actuelle ville de Lake George, dans l'État de New York. Voir mes articles sur la préparation logistique de ce siège, et sa représentation dans le film Le Dernier des Mohicans).

Pour Vaudreuil, le doute n'est pas possible: les Britanniques consacreront tous leurs efforts à la conquête de Louisbourg, ce qui lui laissera le champ libre sur les autres fronts. Dès le mois de mars, les Français sont au courant des préparatifs britanniques pour assiéger Louisbourg, ce qui conforte Vaudreuil dans son idée. Il prévoit alors une expédition, menée par le chevalier de Lévis, sur la ville de Corlar (Schenectady, État de New York). Cette diversion occupera les forces britanniques dans la région des lacs Champlain et Saint-Sacrement, et permettra à Montcalm, à la tête de l'armée rassemblée au fort Carillon (Ticonderoga, État de New York), d'aller assiéger le fort Edward, situé à 25km de l'ancien fort William Henry, et d'ainsi s'assurer d'une maîtrise totale sur la région.

Les instructions qu'il remet à Montcalm le 23 juin, en plus de détailler le plan de la diversion sur Corlar/Schenectady, montrent la confiance dans laquelle il baigne:
"Supposé que les ennemis, comme il y a lieu de le craindre par les dépositions des derniers prisonniers, ne viennent au lac Saint-Sacrement, où était situé le fort Georges (nom donné par les Français au fort William Henry), cette démarche de la part des ennemis peut avoir deux objets. Le premier, s'ils peuvent en avoir les moyens, ce qui n'est pourtant pas vraisemblable, s'il est vrai qu'ils entreprennent l'expédition de Louisbourg, est de venir attaquer Carillon. Le second peut être la démonstration d'une défensive audacieuse, ce qui paroît plus croyable".
À l'entrée du 30 juin 1758 de son journal de campagne, Bougainville commente la stratégie de Vaudreuil en ces termes: "Persistera-t-il dans son aveugle sécurité pour cette frontière? S'opiniâtrera-t-il à sa don Quichotterie de Corlar?" Le ton de Bougainville est particulièrement cinglant en cela qu'il renvoie au célèbre personnage de la littérature espagnole Don Quichotte, connu pour ses projets chimériques et invraisemblables...

Étant un proche du marquis de Montcalm, commandant des troupes françaises qui a connu une relation pour le moins houleuse avec Vaudreuil, Bougainville a pris fait et cause pour l'officier français, ce qui explique en partie le ton qu'il utilise en évoquant les Canadiens, et ici Vaudreuil.

Pourtant, toutes ses remarques ne sont pas à lire sous ce seul prisme. La pique de Bougainville quant à la "don Quichotterie" de Vaudreuil, si elle traduit le ton sarcastique auquel l'officier habitue ses lecteurs, met tout de même en lumière l'erreur de Vaudreuil dans son appréhension et sa planification de la campagne à venir. En étant persuadé que l'opération contre Louisbourg contraindra les Britanniques à l'inaction dans les autres parties, Vaudreuil se trompe lourdement. Le déséquilibre numérique des forces en Amérique, présent dès 1755 en faveur des Britanniques, s'est fortement amplifié en 1758. Au début de la campagne de 1758, ceux-ci sont en effet capables de mobiliser près de 50 000 hommes de troupes. Dans les derniers jours de juin, Montcalm et Bougainville, alors au fort Carillon, sont au courant que près de 20 000 ennemis sont postés autour du fort Edward. C'est ce qui explique l'emportement de Bougainville concernant Vaudreuil et l'aveuglement de ce dernier quant aux forces en présence en Amérique. Le détachement mené par Lévis sur Corlar (1600 hommes, dont 400 soldats d'élite des troupes de Terre) serait ainsi d'une utilité infiniment supérieure à Carillon...

L'erreur de jugement de Vaudreuil n'aura cependant pas de conséquence sur la suite immédiate de la campagne, Montcalm brisant l'offensive britannique sur le lac Champlain en remportant une éclatante victoire devant le fort Carillon le 8 juillet 1758.

Voilà qui clôt cet article pour ce soir.
À bientôt pour de nouveaux billets historiques!
Michel Thévenin


Sources:

- Mémoire pour servir d'instruction à M. le marquis de Montcalm, donné par M. le marquis de Vaudreuil pour la campagne 1758, dans Henri-Raymond Casgrain, Lettres et pièces militaires. Instructions, ordres, mémoires, plans de campagne et de défense 1756-1760, Québec, Imprimerie L.-J Demers & Frère, 1891, p. 25-26. Casgrain date le mémoire du 23 janvier 1758, mais il date bien du 23 juin.

- Louis-Antoine de Bougainville, Écrits sur le Canada. Mémoires, journal, lettres, Québec, Septentrion, 2003.

jeudi 24 octobre 2019

De troublants éloges de Michel Chartier de Lotbinière

Bonjour!

J'aimerais vous partager aujourd'hui un début de réflexion, sur des éléments pour le moins "troublants" que j'ai récemment trouvés dans les sources.

En me promenant sur le site Archives de la Nouvelle-France, je suis tombé sur un document assez étonnant: quatre "appréciations" données par divers officiers militaires au sieur Michel Chartier de Lotbinière, ingénieur militaire canadien, afin de lui permettre d'envisager une poursuite de sa carrière en France, au sortir de la conquête du Canada par les Britanniques.

Attestations données en faveur de Michel Chartier de Lotbinière par les autorités militaires...,
Fonds Famille Chartier de Lotbinière, Bibliothèque et Archives Canada
(je n'ai mis ici qu'une seule des deux pages du document, consultable en entier ici)

Ces quatre appréciations ont été produites entre 1760 et 1763. J'aimerais m'intéresser ici à deux de ces "lettres de recommandations" en particulier, qui soulèvent bien des questions, auxquelles j'espère pouvoir apporter une réponse au cours de ma recherche (c'est hélas un des risques du métier d'historien de ne pas toujours pouvoir apporter de réponse aux questions soulevées par la recherche). Je vous partage donc pour l'instant mes réflexions embryonnaires qui découlent de ma récente découverte de ce document.

La première appréciation est signée par Louis-Antoine de Bougainville, ancien aide-de-camp du marquis de Montcalm, que j'ai déjà fait intervenir à plusieurs reprises sur ce blogue, notamment par rapport aux ingénieurs militaires (voir mes articles sur les ingénieurs français et canadiens). Son commentaire est daté du 1er septembre 1760, soit au moment le plus critique pour la colonie, quelques jours seulement avant la capitulation générale signée par le marquis de Vaudreuil à Montréal!


"Nous colonel d'infanterie, chevalier de l'ordre royal et militaire de St Louis, commandant pendant le cours de la campagne sur la frontière du lac Champlain, attestions que M. de Lotbinière, capitaine d'une compagnie détachée de la Marine et ingénieur du Roy chargé de la direction des fortifications de ladite frontière a servi seul ingénieur sous nos ordres avec tout le zèle et l'intelligence possible, tant avant que pendant le siège de l'Isle aux Noix, et que l'ensemble des ouvrages qu'il a faits a cette isle prouvent sa capacité. Voulant rendre justice à son mérite, nous avons expédié la présente attestation pour lui servir ce que de raison. Fait à Montréal ce 1er 7bre 1760."
Je suis assez intrigué par le ton employé ici par Bougainville. En effet, tout au long de son journal de campagne commencé en 1756, il est particulièrement virulent envers Chartier de Lotbinière. L'ingénieur canadien est reconnu par de nombreux officiers français comme un incompétent notoire en matière d'ingénierie militaire, notamment en ce qui a trait à un aspect fondamental de son métier, celui des fortifications (voir par exemple les commentaires sur son oeuvre majeure, le fort Carillon, dans l'article que j'ai consacré aux fortifications de la colonie). Bougainville le qualifie même de l'appellation succulente de "Vauban du Canada", avec tout le dédain et le sarcasme dont il est coutumier...
Ainsi, ce soudain revirement dans son appréciation de l'ingénieur canadien m'intrigue: pourquoi Bougainville est-il si élogieux envers celui qu'il a si longtemps méprisé? Lotbinière a-t-il réellement eu un comportement en tous points exemplaire lors du siège par les Britanniques du fort de l'Isle-aux-Noix, quelques jours plus tôt, forçant l'officier français à revoir son jugement? Ou bien celui-ci, voyant la fin prochaine de la colonie, et souhaitant mettre fin aux inimitiés personnelles, aura eu "pitié" de l'ingénieur canadien, en faisant tout son possible pour l'aider dans une future carrière? Hélas, rien ne me permet pour le moment de trancher, mais il est certain que je vais creuser la question...

La deuxième de ces appréciations est encore plus troublante. Elle émane du marquis de Vaudreuil, dernier gouverneur de la Nouvelle-France. Comme elle est plus longue du double de celle de Bougainville, je ne vais pas la citer en entier, je vais me pencher sur certains extraits seulement. Mais avant, une petite contextualisation s'impose. Vaudreuil et Lotbinière sont parents, par un lointain cousinage par alliance. Surtout, Lotbinière, protégé de Vaudreuil, était le candidat du gouverneur à la succession de Chaussegros de Léry père pour occuper la charge d'ingénieur en chef de la Nouvelle-France, à la mort de ce dernier en 1756. Pendant plusieurs mois, la dispute entre Français et Canadiens est virulente à ce sujet, les officiers de l'armée, Montcalm en tête, favorisant un ingénieur métropolitain, Nicolas Sarrebource de Pontleroy. C'est sur intervention d'un autre ingénieur français, Louis Franquet, que Pontleroy est nommé par la Cour de Versailles en 1757. Vaudreuil n'a cependant jamais apprécié cette nomination, essayant régulièrement de "gêner" le nouvel ingénieur en chef, et favorisant Lotbinière. Un climat de rivalité, parfois lourd, s'est créé entre les deux ingénieurs (voir le commentaire qu'en fait Pontleroy).

Dans l'appréciation qu'il signe pour Lotbinière, plusieurs années après ces événements, en plus d'un éloge appuyé quant aux services de l'ingénieur, Vaudreuil se permet une formulation que je trouve particulièrement forte, renvoyant directement à cette querelle:









"Nous ne devons point omettre que ses projets, tant qu'ils ont été suivis, ont réussi parfaitement, et que s'il eut été en chef dans sa partie, nous serions peut-être encore possesseurs du Canada; car ses idées se sont toujours trouvées conformes à l'événement".
Par ces mots, Vaudreuil ne fait pas moins que reposer la perte de la colonie sur le choix de Pontleroy comme ingénieur en chef en 1757!

Cette phrase fait écho au deuxième élément troublant de cette appréciation de Vaudreuil: la date à laquelle il la signe.



29 mars 1762. Il s'agit tout simplement de la veille de l'embastillement de Vaudreuil, rattrapé par le scandale de l'Affaire du Canada. Ce procès, qui a agité la France entre 1761 et 1763, est celui des abus et malversations financières qui ont accablé la Nouvelle-France dans ses dernières années d'existence (et qui ont contribué à la perte de la colonie). Plusieurs fonctionnaires, parfois très haut placés, sont impliqués, et certains embastillés, comme le gouverneur Vaudreuil et l'intendant Bigot. Je ne rentrerais pas dans les détails de l'Affaire du Canada ici, je vous recommande pour cela le court mais très éclairant article qu'y a consacré André Côté.

Vaudreuil a donc signé une recommandation pour son parent, très lourde par les termes qu'il emploie, à la veille de son arrestation. S'agit-il d'une simple coïncidence? Ou bien, prévoyant la tempête se rapprochant de lui, aura-t-il cherché par cette attestation un appui supplémentaire, une "monnaie d'échange" contre un témoignage en sa faveur de la part de Lotbinière? Là non plus, rien ne me permet pour l'instant de trancher. Je ne peux que noter que Lotbinière, quoiqu'ayant été accusé à plusieurs reprises par les ingénieurs français de participer allègrement aux abus financiers en Nouvelle-France, ne fait pas partie des personnes inquiétées lors de l'Affaire du Canada...

Je voulais donc vous partager ces débuts de réflexions, partie intégrante du métier de l'historien. J'espère pouvoir y apporter des éléments de réponse, que je ne manquerais pas de partager sur mon blogue.

À bientôt pour de nouveaux billets historiques!
Michel Thévenin